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Anatole France - Le Jardin d'Épicure

écriture artiste. Mais depuis le téléphone, la littérature, qui dépend des moeurs, renouvelle ses formules
avec une rapidit décourageante. Nous dirons donc avec M. Ludovic Halévy que la forme simple est la

seule faite pour traverser paisiblement, non pas les siècles ce qui est trop dire, mais les années.

La seule difficulté est de définir la forme simple, et il faut, convenir que cette difficulté est grande.

La nature, telle du moins que nous pouvons la connaître et dans les milieux appropriés à la vie, ne nous
présente rien de simple, et l'art ne peut prétendre à plus de simplicité que la nature. Pourtant nous nous

entendons assez bien, quand nous disons que tel style est simple et que tel autre ne l'est pas.

Je dirai donc, que, s'il n'y a pas proprement de style simple, il y a des styles qui paraissent simples, et que
c'est précisément ceux-là que semblent attachés la jeunesse et la durée. Il ne reste plus qu'à rechercher

d'où leur vient cette apparence heureuse. Et l'on pensera sans doute qu'ils la doivent, non pas à ce qu'ils

sont moins riches que les autres en éléments divers, mais bien à ce qu'ils forment un ensemble où toutes

les parties sont si bien fondues qu'on ne les distingue plus. Un bon style, enfin, est comme ce rayon de

lumière qui entre par ma fenêtre au moment où j'écris et qui doit sa clarté pure à l'union intime des sept

couleurs dont il est composé. Le style simple est semblable à la clarté blanche. Il est complexe mais il n'y

parait pas. Ce n'est là qu'une image, et l'on sait le peu que valent les images quand ce n'est pas un poète

qui les assemble. Mais j'ai voulu donner à entendre que, dans le langage, la simplicité belle et désirable

n'est qu'une apparence et qu'elle résulte uniquement du bon ordre et de l'économie souveraine des parties

du discours.

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Ne pouvant concevoir la beauté indépendante du temps et de l'espace, je ne commence à me plaire aux
oeuvres de l'esprit qu'au moment où j'en découvre les attaches avec la vie, et c'est le point de jointure qui

m'attire. Les grossières poteries d'Hissarlik m'ont fait mieux aimer l'Iliade et je goûte mieux la

Divine Comédie pour ce que je sais de la vie florentine au xiiie siècle. C'est l'homme, et l'homme

seulement, que je cherche dans l'artiste. Le poème le plus beau est-il autre chose qu'une relique? Goethe a

dit une parole profonde: «Les seules oeuvres durables sont des oeuvres de circonstance.» Mais il n'y a, à

tout prendre, que des oeuvres de circonstance, car toutes dépendent du lieu et du moment où elles furent

créées. On ne peut les comprendre ni les aimer d'un amour intelligent, si l'on ne connaît le lieu, le temps

et les circonstances de leur origine. C'est le fait d'une imbécillité orgueilleuse de croire qu'on a produit

une oeuvre qui se suffit à elle-même. La plus haute n'a de prix que pour ses rapports avec la vie. Mieux je

saisis ces rapports, plus je m'intéresse à l'oeuvre.

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On peut, on doit tout dire, quand ou sait tout dire. Il y aurait tant d'intérêt à entendre une confession
absolument sincère! Et depuis qu'il y a des hommes rien de pareil n'a encore ét entendu. Aucun n'a tout

dit, pas même cet ardent Augustin, plus occupé de confondre les manichéens que de mettre son âme à nu,

non pas même ce pauvre grand Rousseau que sa folie portait à se calomnier lui-même.

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Les influences secrètes du jour et de l'air, ces mille souffrances émanant de toute la nature, sont la rançon

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