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Anatole France - L'Étui de nacre
n'est-ce pas?
Fanny allongea la main pour saisir le paquet de hardes que Rose lui tendait.
Mais, retirant aussitôt le bras:
- Rose, savez-vous que, si on nous découvrait, ce serait la mort pour vous?
- La mort! s'écria la jeune fille, vous me faites peur. Oh! non, je ne le savais pas.
Puis, déjà rassurée:
- Citoyenne, votre bon ami saura bien me cacher.
- Il n'est pas de retraite sûre à Paris. Je vous remercie de votre dévouement, Rose; mais je ne l'accepte pas.
Rose demeurait stupéfaite.
- Vous serez guillotinée, citoyenne, et je n'épouserai pas Florentin!
- Rassurez-vous, Rose. Je puis vous rendre service sans accepter ce que vous me proposez.
- Oh! non. Ce serait de l'argent volé.
La fille du porte-clefs pria, pleura, supplia longtemps. Elle s'agenouilla et saisit le bord de la robe de Fanny.
Fanny la repoussa de la main et détourna la tête. Un rayon de lune éclairait le calme de son beau visage.
La nuit était riante, une brise passait. L'arbre des prisonniers, secouant ses branches odorantes, répandit de pâles fleurs sur la tête de la victime volontaire.
LA PERQUISITION
La chambre était tendue de soie bleu pâle. Une épinette sur laquelle était ouverte le Devin du village, des chaises ayant une lyre pour dossier, un bonheur-du-jour en acajou, un lit blanc orné de roses, le long de la corniche des couples de colombes, tout souriait avec une grâce attendrie. La lampe brillait doucement et la flamme du foyer faisait palpiter comme des ailes dans l'ombre. Assise en robe de chambre devant le bonheur-du-jour, son cou délicat incliné sous la magnifique et pâle auréole de ses cheveux, Julie feuillette les lettres qui dormaient, liées avec des faveurs, dans les tiroirs du meuble.
Minuit sonne; c'est le signe du passage d'une année à l'autre. La mignonne pendule, où rit un amour doré, annonce que l'année 1793 est finie.
Au moment de la conjondion des aiguilles, un petit fantôme a paru. Un joli enfant, sorti du cabinet où il couche et dont la porte reste entrouverte, est venu, en chemise, se jeter dans les bras de sa mère et lui souhaiter une bonne année.
- Une bonne année, Pierre... Je te remercie. Mais sais-tu ce que c'est qu'une bonne année?
Il croit savoir; pourtant, elle veut le lui mieux enseigner.
- Une année est bonne, mon chéri, pour ceux qui l'ont passée sans haine et sans peur.
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