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Anatole France - L'Étui de nacre
- Peste! s'écria-t-il, nous dénichons des amoureux. Excusez-nous, la belle!
Puis, se tournant vers les gardes:
- Seuls, les sans-culottes ont des moeurs.
Mais, en dépit de cette maxime, une telle rencontre l'avait mis en gaieté.
Il s'assit sur le lit et, prenant le menton de la belle aristocrate:
- Il est vrai, dit-il, que cette bouche-là n'est pas faite pour marmotter jour et nuit des Pater. Ce serait dommage. Mais la République avant tout. Nous cherchons le traître Planchonnet. Il est ici, j'en suis sûr. Il me le faut. Je le ferai guillotiner. Ce sera ma fortune.
- Cherchez-le donc!
Ils regardèrent sous les meubles, dans les armoires, passèrent des piques sous le lit et sondèrent les matelas avec des baïonnettes.
Lubin, se grattant l'oreille, me regardait du coin de l'oeil. Madame de Luzy, craignant pour moi un interrogatoire embarrassant:
- Mon ami, me dit-elle, tu connais aussi bien que moi la maison; prends les clefs et conduis partout monsieur Lubin. Je sais que ce sera un plaisir pour toi que de guider des patriotes.
Je les conduisis à la cave, où ils culbutèrent les margotins et burent un assez grand nombre de bouteilles. Après quoi, Lubin défonça, à coups de crosse, les tonneaux pleins et, sortant de la cave inondée de vin, donna le signal du départ. Je les reconduisis jusqu'à la grille, que je refermai sur leurs talons, et je courus annoncer à madame de Luzy que nous étions sauvés.
A cette nouvelle, penchant la tête dans la ruelle, elle appela:
- Monsieur Planchonnet! monsieur Planchonnet!
Un faible soupir lui répondit.
- Dieu soit loué! s'écria-t-elle. Monsieur Planchonnet, vous m'avez fait une peur affreuse. Je vous croyais mort.
LA MORT ACCORDÉE
À Albert Tournier.
Après avoir erré longtemps dans les rues désertes, André alla s'asseoir au bord de la Seine et contempla cette vaste colline de Saint-Cloud où habitait Lucie, sa maîtresse, aux jours de joie et d'espérance.
De longtemps il n'avait été si calme.
A huit heures, il prit un bain. Il entra chez un traiteur du Palais-Royal et, regardant les papiers publics en attendant son repas, lut dans le Courrier de l'Égalité la liste des condamnés à mort exécutés sur la place de la Révolution le 24 floréal.
Il déjeuna de bon appétit. Puis il se leva, s'assura devant une glace si sa toilette était en ordre et s'il avait
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