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Anatole France - L'Étui de nacre
pourquoi il répondit:
- Soeur Liberette et soeur Oliverie, je suis résolu à me retirer dans cette forêt et à y mener la vie érémitique, qui est belle et singulière. Je vivrai dans une cabane de branchages et me nourrirai de racines. Sans cesse, je demanderai à Dieu de changer le coeur des hommes de cette contrée et je bénirai les fontaines afin que les dames fées n'y puissent plus venir pour la damnation des pécheurs. Cependant, ma soeur Oliverie recevra le signe qu'elle a demandé. Et un guide, envoyé par le Seigneur, vous conduira toutes deux à mon ermitage, afin que je vous instruise dans la foi de Jésus-Christ.
Ayant parlé de la sorte, saint Bertauld bénit les deux soeurs par l'imposition des mains. Puis il entra dans la forêt pour n'en plus jamais sortir.
III
COMMENT LA LICORNE VINT EN LA MAISON DE THIERRY, AUTREMENT NOMMÉ PORPHYRODIME, ET CONDUISIT AUPRES DE MONSIEUR SAINT BERTAULD LES DEUX SOEURS OLIVERIE ET LIBERETTE, ET DE DIVERSES MERVEILLES QUI S'ENSUIVIRENT.
Or, un jour que, seule dans la cuisine, Oliverie filait la laine sous le manteau de la cheminée, elle vit venir à elle une bête toute blanche, qui avait le corps d'une chèvre et la tête d'un cheval et qui portait sur le front une épée étincelante. Oliverie reconnut aussitôt quel animal c'était, et, comme elle avait gardé son innocence, elle n'en fut pas effrayée, sachant que la licorne ne fait jamais de mal aux sages demoiselles. En effet, la licorne posa doucement sa tête sur les genoux d'Oliverie. Puis, retournant vers la porte, elle invita de l'oeil la jeune fille à la suivre dehors.
Oliverie appela aussitôt sa soeur: mais, quand Liberette entra dans la chambre, la licorne avait disparu, et ainsi Liberette, selon son désir, connut le vrai Dieu sans y avoir été contrainte par un signe.
Elles allèrent toutes deux du côté de la forêt, et la licorne redevenue visible, marchait devant elles. Elles suivaient, pour tout chemin, la piste des bêtes féroces. Et il advint que, parvenues déjà très avant dans le bois, elles virent la bête traverser un torrent à la nage. Et quand elles parvinrent au bord, elles s'aperçurent qu'il était large et profond. Elles se penchèrent pour voir s'il ne se trouvait pas quelques pierres sur lesquelles elles pussent passer, et elles n'en découvraient aucune. Mais, tandis qu'en s'appuyant sur un saule elles contemplaient les eaux écumeuses, l'arbre s'inclina soudainement et les porta sans peine sur l'autre bord.
Elles parvinrent ainsi à l'ermitage où saint Bertauld leur fit entendre les paroles de vie. A leur retour, le saule, en se redressant, les porta sur l'autre rive.
Chaque jour, elles se rendaient auprès du saint homme et, quand elles rentraient à la maison, elles trouvaient qu'une main invisible avait filé tout le lin de leur quenouille. C'est pourquoi, ayant reçu le baptême, elles crurent en Jésus-Christ.
Elles recevaient depuis plus d'une année les leçons de saint Bertauld, quand Thierry, leur père, qu'on nomme aussi Porphyrodime, fut atteint d'une cruelle maladie. Connaissant que la fin de leur père était proche, ses filles l'instruisirent dans la foi chrétienne. Il connut la vérité. C'est pourquoi sa mort fut pleine de mérites. Il fut enseveli proche sa demeure mortelle, en un lieu dit la Montagne-du-Géant, et sa sépulture fut vénérée, par la suite, clans le pays Porcin.
Cependant les deux soeurs se rendaient chaque jour auprès du saint ermite Bertauld, et elles recueillaient
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