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Anatole France - L'Étui de nacre

prennent place au foyer des hommes pieux. D'autres, enfin, se tiennent dans les étables et dans les
écuries, et la race des dieux emplit l'univers. Mais ce que tu dis d'une vierge divine n'est pas sans vérité.

Nous connaissons une vierge au triple visage, et nous lui chantons des cantiques et nous lui disons: -

"Salut, douce! Salut, terrible!" Elle se nomme Diane, et son pied d'argent effleure, sous les pâles clartés

de la lune, le thym des montagnes. Elle n'a pas dédaigné de recevoir dans son lit d'hyacinthes fleuries des

bergers et des chasseurs comme nous. Pourtant elle est toujours vierge.

Ainsi parlaient ces hommes ignorants, et ils chassaient l'apôtre hors du village, et ils le poursuivaient
avec des paroles railleuses.

II

DE LA RENCONTRE QUE FIT MONSIEUR SAINT BERTAULD DES DEUX SOEURS OLIVERIE
ET LIBERETTE.

Or, un jour, comme il s'en allait, accablé de fatigue et de douleur, il rencontra deux jeunes filles qui
sortaient de leur château pour se rendre au bois. Ayant fait quelques pas vers elles, il se tint à distance, de

peur de les effrayer, et leur dit:

- Jeunes vierges, entendez: je suis Bertauld, fils de Théodule, roi d'Écosse. Mais j'ai dédaigné les
couronnes périssables, afin d'être digne de recevoir de la main des anges, la couronne éternelle. Et je suis

venu, dans une barque conduite par un cygne, vous porter la bonne nouvelle.

- Sire Bertauld, répondit l'aînée, je me nomme Oliverie, et ma soeur se nomme Liberette. Notre père,
Thierry, qu'on nomme aussi Porphyrodime, est le plus riche seigneur de la contrée. Nous écouterons

volontiers tes bonnes paroles. Mais tu sembles accablé de fatigue. Je te conseille d'aller nous attendre

chez notre père, qui, en ce moment, boit la cervoise avec ses amis. Il te donnera sans doute une place à sa

table, quand il saura que tu es un prince d'Écosse. Au revoir, sire Bertauld. Nous allons, ma soeur et moi,

cueillir des fleurs pour les offrir à Diane.

Mais l'apôtre Bertauld répondit:

- Je n'irai pas m'asseoir à la table d'un païen. Cette Diane, que vous croyez une vierge du ciel, est, en
réalité, un démon de l'enfer. Le Dieu véritable est unique en trois personnes; et Jésus-Christ, son fils, s'est

fait homme et est mort sur la croix pour le salut des hommes. Et je vous le dis en vérité, Oliverie et

Liberette, une goutte de son sang a coulé pour l'une et l'autre de vous.

Et il leur parla avec tant de chaleur des saints mystères que le coeur des deux soeurs en fut ému. L'aînée
prit de nouveau la parole:

- Sire Bertauld, dit-elle, vous révélez des mystères inouïs. Mais il n'est pas toujours facile de distinguer la
vérité de l'erreur. Il nous en coûterait de quitter l'amour de Diane. Toutefois, faites-nous paraître un signe

de la vérité de vos paroles et nous croirons en Jésus crucifié.

Mais la plus jeune dit à l'apôtre:

- Ma soeur Oliverie demande un signe parce qu'elle est prudente et pleine de sagesse. Mais, si votre Dieu
est véritable, sire Bertauld, puissé-je le connaître et l'aimer sans y être forcée par un signe!

L'homme de Dieu comprit à ces paroles que Liberette était née pour devenir une grande sainte. C'est

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