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Anatole France - L'Étui de nacre
Sur la colline où Célestin avait construit l'étroite chapelle qu'Amycus ornait des fleurs des montagnes, des bois et des eaux, s'élève aujourd'hui une église dont la nef remonte au XIe siècle, et dont le porche a été réédifié sous Henri II, dans le style de la Renaissance. C'est un lieu de pèlerinage et les fidèles y vénèrent la mémoire bienheureuse des saints Amic et Célestin.
LA LÉGENDE DES SAINTES OLIVERIE ET LIBERETTE
À mademoiselle Jeanne Pouquet.
I
COMMENT MONSIEUR SAINT BERTAULD, FILS DE THÉODULE, ROI D'ÉCOSSE, VINT DANS LES ARDENNES POUR ÉVANGÉLISER LES HABITANTS DU PAYS PORCIN.
LA forêt des Ardennes s'étendait, en ce temps-là, jusqu'à la rivière de l'Aisne et couvrait le pays Porcin, dans lequel s'élève aujourd'hui la ville de Rethel. D'innombrables sangliers en peuplaient les gorges; des cerfs de haute taille, dont la race est perdue, se réunissaient dans les halliers impénétrables, et des loups, d'une force prodigieuse, se montraient l'hiver à l'orée des bois. Le basilic et la licorne avaient leur retraite dans cette forêt, ainsi qu'un dragon effrayant, qui fut détruit plus tard, par la grâce de Dieu, à la prière d'un saint ermite. Parce qu'alors la nature mystique était révélée aux hommes et que les choses invisibles devenaient visibles pour la gloire du créateur, on rencontrait dans les clairières des nymphes, des satyres, des centaures et des égipans.
Et il n'est point douteux que ces êtres malfaisants n'aient été vus tels qu'ils sont décrits dans les fables des païens. Mais il faut savoir que ce sont des diables, comme il apparaît à leur pied, qui est fourchu. Malheureusement, il est moins facile de reconnaître les fées; elles ressemblent à des dames et, parfois, cette ressemblance est telle, qu'il faut avoir toute la prudence d'un ermite pour ne pas s'y tromper. Les fées sont aussi des démons, et il y en avait beaucoup dans la forêt des Ardennes. C'est pourquoi cette forêt était pleine de mystère et d'horreur.
Les Romains, au temps de César, l'avaient consacrée à Diane, et les habitants du pays Porcin adoraient, au bord de l'Aisne, une idole en forme de femme. Ils lui offraient des gâteaux, du lait et du miel, et lui chantaient des hymnes.
Or. Bertauld, fils de Théodule, roi d'Écosse, ayant reçu le saint baptême, vivait dans le palais de son père, moins en prince qu'en ermite. Enfermé dans sa chambre, il y passait tout le jour à réciter des prières et à méditer sur les saintes écritures, et il brûlait du désir d'imiter les travaux des apôtres. Ayant appris, par une voie miraculeuse, les abominations du pays Porcin, il. les détesta et résolut de les faire cesser.
Il traversa la mer dans une barque sans voile ni gouvernail, conduite par un cygne. Heureusement parvenu dans le pays Porcin, il allait par les villages, les bourgs et les châteaux, annonçant la bonne nouvelle.
- Le Dieu que je vous enseigne, disait-il, est le seul véritable. Il est unique en trois personnes, et son fils est né d'une vierge.
Mais ces hommes grossiers lui répondaient:
- Jeune étranger, c'est une grande simplicité de ta part de croire qu'il n'y a qu'un Dieu. Car les Dieux sont innombrables. Ils habitent les bois, les montagnes et les fleuves. Il y a aussi des dieux plus amis qui
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