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Anatole France - Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables
Il nous fit entrer dans son cabinet et donna à un surveillant l'ordre de lui amener la détenue 503.
"Je vais, nous dit-il, vous donner un spectacle que je n'ai point préparé, je vous prie de le croire, et qui vous inspirera sans doute des réflexions neuves sur les délits et les peines. Ce que vous allez voir et entendre, je l'ai vu et entendu cent fois dans ma vie."
Une détenue, accompagnée d'une surveillante, entra dans le cabinet. C'était une jeune paysanne assez jolie, l'air simple, nice et doux.
"J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer, lui dit le directeur. M. le président de la République, instruit de votre bonne conduite, vous remet le reste de votre peine. Vous sortirez samedi."
Elle écoutait, la bouche entrouverte, les mains jointes sur le ventre. Mais les idées n'entraient pas vite dans sa tête.
"Vous sortirez samedi prochain de cette maison. Vous serez libre."
Cette fois elle comprit, ses mains se soulevèrent dans un geste de détresse, ses lèvres tremblèrent:
"C'est-il vrai qu'il faut que je m'en aille? Alors qu'est-ce que je vas devenir? Ici j'étais nourrie, vêtue et tout. Est-ce que vous pourriez pas le dire à ce bon monsieur, qu'il vaut mieux que je reste où je suis?"
Le directeur lui représenta avec une douce fermeté qu'elle ne pouvait refuser la grâce qui lui était faite ; puis il l'avertit qu'à son départ elle recevrait une certaine somme, dix ou douze francs.
Elle sortit en pleurant.
Je demandai ce qu'elle avait fait, celle-là. Il feuilleta un registre:
"503. Elle était servante chez des cultivateurs... Elle a volé un jupon à ses maîtres... Vol domestique... Vous savez, la loi punit sévèrement le vol domestique."
EDMÉE OU LA CHARITÉ BIEN PLACÉE
A H. Harduin
Horteur, le fondateur de L'Étoile, le directeur politique et littéraire de La Revue nationale et du Nouveau Siècle illustré, Horteur, m'ayant reçu dans son cabinet, me dit du fond de son siège directorial:
"Mon bon Marteau, faites-moi un conte pour mon numéro exceptionnel du Nouveau Siècle. Trois cents lignes, à l'occasion du "jour de l'an". Quelque chose de bien vivant, avec un parfum d'aristocratie."
Je répondis à Horteur que je n'étais pas bon, au sens du moins où il le disait, mais que je lui donnerais volontiers un conte.
"J'aimerais bien, me dit-il, que cela s'appelât: Conte pour les riches.
- J'aimerais mieux: Conte pour les pauvres.
- C'est ce que j'entends. Un conte qui inspire aux riches de la pitié pour les pauvres.
- C'est que précisément je n'aime pas que les riches aient pitié des pauvres.
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