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Anatole France - Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables
Mme N*** ayant protesté:
"Parfaitement, reprit N***, un milieu ennuyeux. Il se promenait toute la journée en barque avec Mme Cère."
Du Fau nous fit remarquer tranquillement qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans ce que disait N***. Celui-ci mit la main sur l'épaule de son meilleur ami:
"Ose me démentir!"
Et il acheva son récit:
"Du Fau se promenait jour et nuit avec Mme Cère ou avec son ombre, car Mme Cère n'est plus, dit-on, que l'ombre d'elle-même. Cère restait sur la plage, avec sa jumelle. Pendant une de ces promenades, Du Fau perdit son améthyste. Après ce malheur, il ne voulut pas rester un seul jour à Trouville. Il quitta la plage sans dire adieu à personne, prit le train et arriva chez nous, aux Eyzies, où personne ne l'attendait plus. Il était deux heures du matin. "Me voici", me dit-il tranquillement. Quel original!
- Et l'améthyste? demandai-je.
- C'est vrai, me répondit Du Fau, qu'elle est tombée dans la mer. Elle repose dans le sable fin. Du moins aucun pêcheur ne me l'a rapportée dans le ventre d'un poisson, comme c'est l'usage."
A quelques jours de là, je passai, comme je fais assez souvent, chez Hendel, rue de Châteaudun, et je lui demandai s'il n'avait pas quelque bibelot à ma convenance. Il sait que je recherche, en dehors de toute mode, les bronzes et les marbres antiques. Il ouvrit silencieusement certaine vitrine connue des seuls amateurs et il en tira un petit scribe égyptien en pierre dure, de style primitif, un joyau! Mais quand j'en sus le prix, je le remis moi-même à sa place, non sans lui donner un regard de regret. Je vis alors dans la vitrine une empreinte en cire de l'intaille que j'avais tant admirée chez Du Fau.
Je reconnaissais la nymphe, le cippe, le laurier. Pas de doute possible.
"Vous aviez la pierre? demandai-je à Hendel.
- Oui, je l'ai vendue l'année dernière.
- Une bonne pièce! D'où vous venait-elle?
- Elle venait de Marc Delion, le financier qui s'est tué, il y a cinq ans, pour une femme du monde... Madame... vous connaissez peut-être... Mme Cère."
LA SIGNORA CHIARA
A Ugo Ojetti
Le professeur Giacomo Tedeschi, de Naples, est un praticien renommé dans sa ville. Sa maison, fortement odorante, située proche l'Incoronata, est fréquentée par toutes sortes de personnes et particulièrement par les belles filles qui vendent, à Santa Lucia, les fruits de la mer. Il débite des drogues pour toutes les maladies, ne dédaigne pas de vous tirer de la bouche une dent cariée, excelle à recoudre au lendemain des fêtes, la peau fendue des braves, et sait user du dialecte de la côte, mêlé de latin d'école, pour rassurer ses clientes étendues dans la plus vaste, la plus boiteuse, la plus gémissante et la plus crasseuse chaise longue qui se puisse voir en aucune ville maritime de l'univers. C'est un homme de taille
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