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Anatole France - Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables
grâce. Je reconnus dans l'arrangement de leur joli hôtel de l'avenue Kléber le goût très délicat de madame N*** et celui de Du Fau, qui s'accordent fort bien ensemble. C'était une réception assez intime dans laquelle Paul Du Fau montrait, comme par le passé, ce tour d'esprit qui lui est propre, cette délicatesse raffinée qui rejoint, on ne sait comment, la brutalité la plus pittoresque. Mme N*** a de l'esprit et l'on cause assez joliment chez elle. Pourtant les premiers propos que j'entendis en entrant étaient d'une ennuyeuse banalité. Un magistrat, M. le conseiller Nicolas, contait longuement l'histoire rebattue de cette guérite dans laquelle tous les factionnaires se suicidaient l'un après l'autre et qu'on dut abattre pour arrêter cette épidémie d'un nouveau genre. En suite de quoi Mme N*** me demanda si je croyais aux talismans. M. le conseiller Nicolas me tira de l'embarras de répondre en affirmant que je devais être superstitieux puisque j'étais incrédule.
"Vous ne vous trompez guère, répliqua Mme N***. Il ne croit ni à Dieu ni à diable. Et il adore les histoires de l'autre monde."
Je regardais cette charmante femme tandis qu'elle parlait, et j'admirais la grâce discrète de ses joues, de son cou, de ses épaules. Toute sa personne donne l'idée d'une chose rare et précieuse. Je ne sais ce que Du Fau pense du pied de madame N***. Je le trouve exquis.
Paul Du Fau vint me serrer la main. Je remarquai qu'il n'avait plus de bague au doigt.
"Qu'as-tu fait de ton améthyste?
- Je l'ai perdue.
- Une pierre gravée plus belle que toutes les pierres gravées de Rome et de Naples, tu l'as perdue?"
Sans lui laisser le temps de répondre, N***, qui ne le quitte jamais, s'écria:
"Oui, c'est une histoire bizarre. Il a perdu son améthyste."
N*** est un excellent homme, très confiant, un peu volumineux, d'une simplicité qui prête parfois à sourire. Il appela tumultueusement sa femme:
"Marthe, ma chère amie, regardez quelqu'un qui ne savait pas encore que Du Fau a perdu son améthyste."
Et se tournant vers moi:
"C'est toute une histoire. Imaginez-vous que notre ami nous avait tout à fait abandonnés. Je disais à ma femme: "Qu'est-ce que tu as fait à Du Fau?" Elle me répondait: "Moi? Rien, mon ami." C'était incompréhensible. Et notre surprise redoubla en apprenant qu'il ne quittait plus cette pauvre Mme Cère."
Mme N*** interrompit son mari:
"Quel intérêt cela peut-il avoir?"
Mais N*** insista:
"Permettez, ma chère amie! Ce que je dis est pour expliquer l'histoire de l'améthyste. Donc, cet été, notre ami Du Fau avait refusé de venir, comme à l'ordinaire, chez nous à la campagne. Nous l'avions invité, ma femme et moi, très cordialement. Mais il restait à Trouville, chez sa cousine de Maureil, dans un milieu ennuyeux."
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