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Alphonse Daudet - Tartarin sur les Alpes

et au-dessous:

P. C. A.

Elle lut cela, cette Bernoise, et ne fut pas éblouie du tout. Elle ne savait pas ce que signifiait P. C. A. Elle
n'avait jamais entendu parler de «Dardarin».

Sauvage, raì!

II. TARASCON, CINQ MINUTES D'ARRÊT. - LE CLUB DES ALPINES. - EXPLICATION DU
P.C.A. - LAPINS DE GARENNE ET LAPINS DE CHOUX. - CECI EST MON TESTAMENT. - LE

SIROP DE CADAVRE. - PREMIÈRE ASCENSION. - TARTARIN TIRE SES LUNETTES.

Quand ce nom de «Tarascon» sonne en fanfare sur la voie du Paris-Lyon-Méditerranée, dans le bleu
vibrant et limpide du ciel provençal, des têtes curieuses se montrent à toutes les portières de l'express, et

de wagon en wagon les voyageurs se disent: «Ah! voil Tarascon... Voyons un peu Tarascon.

Ce qu'on en voit n'a pourtant rien que de fort ordinaire, une petite ville paisible et proprette, des tours,
des toits, un pont sur le Rhône. Mais le soleil tarasconnais et ses prodigieux effets de mirage, si féconds

en surprises, en inventions, en cocasseries délirantes; ce joyeux petit peuple, pas plus gros qu'un pois

chiche, qui reflète et résume les instincts de tout le Midi français, vivant, remuant, bavard, exagéré,

comique, impressionnable, c'est là ce que les gens de l'express guettent au passage et ce qui fait la

popularit de l'endroit.

En des pages mémorables que la modestie l'empêche de rappeler plus explicitement, l'historiographe de
Tarascon a jadis essayé de dépeindre les jours heureux de la petite ville menant sa vie de cercle, chantant

ses romances - chacun la sienne, - et, faute de gibier, organisant de curieuses chasses à la casquette[*].

Puis, la guerre venue, les temps noirs, il a dit Tarascon, et sa défense héroïque, l'esplanade torpillée, le

cercle et le café de la comédie imprenables, tous les habitants formés en compagnies franches, soutachés

de fémurs croisés et de têtes de mort, toutes les barbes poussées, un tel déploiement de haches, sabres

d'abordage, revolvers américains, que les malheureux en arrivaient à se faire peur les uns aux autres et ne

plus oser s'aborder dans les rues.

[*] Voici ce qu'il est dit de cette chasse locale dans les Aventures
prodigieuses de Tartarin de Tarascon:

«Après un bon déjeuner en pleine campagne, chacun des chasseurs
prend sa casquette, la jette en l'air de toutes ses forces, et la

tire au vol avec du 5, du 6 ou du 2, selon les conventions. Celui

qui met le plus souvent dans sa casquette est proclamé roi de la

chasse et rentre, le soir, en triomphateur à Tarascon, la casquette

criblée au bout du fusil, au milieu des aboiements et des

fanfares...

Bien des années ont passé depuis la guerre, bien des almanachs ont ét mis au feu; mais Tarascon n'a pas
oublié, et, renonçant aux futiles distractions d'autre temps, n'a plus songé qu'à se faire du sang et des

muscles au profit des revanches futures. Des sociétés de tir et de gymnastique, costumées, équipées,

ayant toutes leur musique et leur bannière; des salles d'armes, boxe, bâton, chausson; des courses pieds,

des luttes à main plate entre personnes du meilleur monde ont remplacé les chasses à la casquette, les

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