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Alphonse Daudet - Le Petit Chose

par la main: «Voyons! monte dans ma chambre; si tu veux te tuer, eh bien, tu te tueras là-haut: il y a du
feu, il fait bon.»

Mais le petit Chose résiste: «Laissez-moi mourir, monsieur l'abbé. Vous n'avez pas le droit de
m'empêcher de mourir.»

Un éclair de colère passe dans les yeux du prêtre: «Ah! c'est comme cela!» dit-il. Et prenant brusquement
le petit Chose par la ceinture, il l'emporta sous son bras comme un paquet, malgré sa résistance et ses

supplications....

....Nous voici maintenant chez l'abbé Germane: un grand feu brille dans la cheminée; près du feu, il y a
une table avec une lampe allumée, des pipes et des tas de papier chargés de pattes de mouche.

Le petit Chose est assis au coin de la cheminée. Il est très agité, il parle beaucoup, il raconte sa vie, ses
malheurs et pourquoi il a voulu en finir. L'abbé l'écoute en souriant; puis, quand l'enfant a bien parlé,

bien pleuré, bien dégonflé son pauvre coeur malade, le brave homme lui prend les mains et lui dit très

tranquillement:

«Tout cela n'est rien, mon garçon, et tu aurais été joliment bête de te mettre à mort pour si peu. Ton
histoire est fort simple: on t'a chassé du collège - ce qui, par parenthèse, est un grand bonheur pour toi... -

, eh bien, il faut partir, partir tout de suite, sans attendre tes huit jours.... Tu n'es pas une cuisinière,

ventrebleu!... Ton voyage, tes dettes, ne t'en inquiète pas! je m'en charge.... L'argent que tu voulais

emprunter à ce coquin, c'est moi qui te le prêterai. Nous réglerons tout cela demain.... A présent, plus un

mot! j'ai besoin de travailler, et tu as besoin de dormir.... Seulement je ne veux pas que tu retournes dans

ton affreux dortoir: tu aurais froid, tu aurais peur; tu vas te coucher dans mon lit, de beaux draps blancs

de ce matin!... Moi, j'écrirai toute la nuit: et si le sommeil me prend, je m'étendrai sur le canapé....

Bonsoir! ne me parle plus.»

Le petit Chose se couche, il ne résiste pas.... Tout ce qui lui arrive lui fait l'effet d'un rêve. Que
d'événements dans une journée! Avoir été si près de la mort, et se retrouver au fond d'un bon lit, dans

cette chambre tranquille et tiède!... Comme le petit Chose est bien!... De temps en temps, en ouvrant les

yeux, il voit sous la clarté douce de l'abat-jour le bon abbé Germane qui, tout en fumant, fait courir sa

plume, à petit bruit, du haut en bas des feuilles blanches....

....Je fus réveillé le lendemain matin par l'abbé qui me frappait sur l'épaule. J'avais tout oublié en
dormant.... Cela fit beaucoup rire mon sauveur.

«Allons! mon garçon, me dit-il, la cloche sonne, dépêche-toi; personne ne se sera aperçu de rien, va
prendre tes élèves comme à l'ordinaire; pendant la récréation du déjeuner je t'attendrai ici pour causer.»

La mémoire me revint tout d'un coup. Je voulais le remercier; mais positivement le bon abbé me mit à la
porte.

Si l'étude me parut longue, je n'ai pas besoin de vous le dire.... Les élèves n'étaient pas encore dans la
cour, que déjà je frappais chez l'abbé Germane. Je le retrouvai devant son bureau, les tiroirs grands

ouverts, occupé à compter les pièces d'or, qu'il alignait soigneusement par petits tas.

Au bruit que je fis en entrant, il retourna la tête, puis se remit à son travail, sans rien me dire; quand il eut
fini, il referma ses tiroirs, et me faisant signe de la main avec un bon sourire:

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