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Alphonse Daudet - Le Petit Chose
«C'est ici», dit-il, en soulevant l'énorme marteau de la porte...
Le marteau retomba lourdement, lourdement... La porte s'ouvrit d'elle-même... Nous entrâmes.
J'attendis un moment sous le porche, dans l'ombre. L'homme posa sa malle par terre, je le payai, et il s'en alla bien vite... Derrière lui, l'énorme porte se referma lourdement, lourdement... Bientôt après, un portier somnolent, tenant à la main une grosse lanterne, s'approcha de moi.
«Vous êtes sans doute un nouveau?» me dit-il d'un air endormi.
Il me prenait pour un élève...
«Je ne suis pas un élève du tout, je viens ici comme maître d'étude; conduisez-moi chez le principal...»
Le portier parut surpris; il souleva sa casquette et m'engagea à entrer une minute dans sa loge. Pour le quart d'heure, M. le principal était à l'église avec les enfants. On me mènerait chez lui dès que la prière du soir serait terminée.
Dans la loge, on achevait de souper. Un grand beau gaillard à moustaches blondes dégustait un verre d'eau-de-vie aux côtés d'une petite femme maigre, souffreteuse, jaune comme un coing et emmitouflée jusqu'aux oreilles dans un châle fané.
«Qu'est-ce donc, monsieur Cassagne? demanda l'homme aux moustaches.
- C'est le nouveau maître d'étude, répondit le concierge en me désignant... Monsieur est si petit que je l'avais d'abord pris pour un élève.
- Le fait est, dit l'homme aux moustaches, en me regardant par-dessus son verre, que nous avons ici des élèves plus grands et même plus âgés que monsieur.... Veillon l'aîné, par exemple.
- Et Crouzat, ajouta le concierge.
- Et Soubeyrol...», fit la femme.
Là-dessus, ils se mirent à parler entre eux à voix basse, le nez dans leur vilaine eau-de-vie et me dévisageant du coin de l'oeil... Au-dehors on entendait la tramontane qui ronflait et les voix criardes des élèves récitant les litanies à la chapelle.
Tout à coup une cloche sonna; un grand bruit de pas se fit dans les vestibules.
«La prière est finie, me dit M. Cassagne en se levant; montons chez le principal.»
Il prit sa lanterne, et je le suivis.
Le collège me sembla immense... D'interminables corridors, de grands porches, de larges escaliers avec des rampes de fer ouvragé..., tout cela vieux, noir, enfumé... Le portier m'apprit qu'avant 89 la maison était une école de marine, et qu'elle avait compté jusqu'à huit cents élèves, tous de la plus grande noblesse.
Comme il achevait de me donner ces précieux renseignements, nous arrivions devant le cabinet du principal... M. Cassagne poussa doucement une double porte matelassée, et frappa deux fois contre la boiserie.
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