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Alphonse Daudet - Le Petit Chose

LA BÊTE A BON DIEU, montrant des Muguets.

Alors, entrons ici, tu te reposeras.

LE PAPILLON

Ah! merci!... des Muguets, toujours la même chose J'aime bien mieux à côté...

LA BÊTE A BON DIEU, toute rouge.

Chez la Rose?... Oh! non, jamais...

LE PAPILLON, l'entraînant.

Viens donc! on ne nous verra pas. (Ils entrent discrètement chez la Rose.) - La toile tombe.

Au troisième acte...

Mais je ne voudrais pas, mes chers lecteurs, abuser plus longtemps de votre patience. Les vers, par le
temps qui court, n'ont pas le don de plaire, je le sais. Aussi, j'arrête là mes citations, et je vais me

contenter de raconter sommairement le reste de mon poème.

Au troisième acte, il est nuit tout à fait... Les deux camarades sortent ensemble de chez la Rose... Le
Papillon veut ramener la Bête à bon Dieu chez ses parents; mais celle-ci s'y refuse; elle est complètement

ivre, fait des cabrioles sur l'herbe et pousse des cris séditieux... Le Papillon est obligé de l'emporter chez

elle. On se sépare sur la porte, en se promettant de se revoir bientôt... Et alors le Papillon s'en va tout

seul, dans la nuit. Il est un peu ivre, lui aussi; mais son ivresse est triste: il se rappelle les confidences de

la Bête à bon Dieu, et se demande amèrement pourquoi tant de monde le déteste, lui qui jamais n'a fait de

mal à personne... Ciel sans lune, le vent souffle, la campagne est toute noire... Le Papillon a peur, il a

froid; mais il se console en songeant que son camarade est en sûreté, au fond d'une couchette bien

chaude... Cependant, on entrevoit dans l'ombre de gros oiseaux de nuit qui traversent la scène d'un vol

silencieux. L'éclair brille. Des bêtes méchantes embusquées sous des pierres, ricanent en se montrant le

Papillon. «Nous le tenons!» disent-elles. Et tandis que l'infortuné va de droite et de gauche, plein d'effroi,

un Chardon au passage le larde d'un grand coup d'épée, un Scorpion l'éventre avec ses pinces, une grosse

Araignée velue lui arrache un pan de son manteau de satin bleu, et, pour finir, une Chauve-Souris lui

casse les reins d'un coup d'aile. Le Papillon tombe, blessé à mort... Tandis qu'il râle sur l'herbe, les Orties

se réjouissent, et les Crapauds disent: «C'est bien fait!»

A l'aube, les Fourmis, qui vont au travail avec leurs saquettes et leurs gourdes, trouvent le cadavre au
bord du chemin. Elles le regardent à peine et s'éloignent sans vouloir l'enterrer. Les Fourmis ne

travaillent pas pour rien... Heureusement une confrérie de Nécrophores vient à passer par là. Ce sont,

comme vous savez, de petites bêtes noires qui ont fait voeu d'ensevelir les morts... Pieusement, elles

s'attellent au Papillon défunt et le traînent vers le cimetière... Une foule curieuse se presse sur leur

passage, et chacun fait des réflexions à haute voix... Les petits Grillons bruns, assis au soleil devant leurs

portes, disent gravement: «Il aimait trop les fleurs! - Il courait trop la nuit!» ajoutent les Escargots, et les

Scarabées à gros ventre se dandinent dans leurs habits d'or en grommelant: «Trop bohème! trop

bohème!» Parmi toute cette foule, pas un mot de regret pour le pauvre mort; seulement, dans les plaines

d'alentour, les grands lis ont fermé et les cigales ne chantent pas.

La dernière scène se passe dans le cimetière des Papillons. Après que les Nécrophores ont fait leur

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