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Alphonse Daudet - Le Nabab, 2

duc au sujet des allusions infâmes dont le Messager le poursuivait, inquiet aussi de savoir si ces
calomnies n'avaient pas refroidi ce souverain bon vouloir qui lui était si nécessaire au moment de la

vérification. L'accueil reçu dans la galerie l'avait à demi tranquillisé; il le fut tout à fait, quand le duc

rentra et vint vers lui, la main tendue:

- Eh bien! mon pauvre Jansoulet, j'espère que Paris vous fait payer cher la bienvenue. En voilà des
criailleries, et de la haine, et des colères.

- Ah! M. le duc, si vous saviez...

- Je connais..., j'ai lu..., dit le ministre se rapprochant du feu.

- J'espère bien que Votre Excellence ne croit pas ces infamies... D'ailleurs j'ai là... J'apporte la preuve.»

De ses fortes pattes velues, tremblantes d'émotion, il fouillait dans les papiers d'un énorme portefeuille en
chagrin qu'il tenait sous le bras.

- Laissez... laissez... Je suis au courant de tout cela... Je sais que volontairement ou non on vous confond
avec une autre personne, que des considérations de famille...»

Devant l'effarement du Nabab, stupéfait de le voir si bien renseigné, le duc ne put s'empêcher de sourire:

- Un ministre d'État doit tout savoir... Mais soyez tranquille. Vous serez validé quand même. Et une fois
validé...

Jansoulet eut un soupir de soulagement:

- Ah! monsieur le duc, que vous me faites du bien en me parlant ainsi. Je commençais à perdre toute
confiance... Mes ennemis sont si puissants... Avec ça une mauvaise chance. Comprenez vous que c'est

justement Le Merquier qui est chargé de faire le rapport sur mon élection.

- Le Merquier?... diable!...

- Oui, Le Merquier, l'homme d'affaires d'Hemerlingue, ce sale cafard qui a converti la baronne, sans
doute parce que sa religion lui défendait d'avoir pour maîtresse une musulmane.

- Allons, allons, Jansoulet...

- Que voulez-vous, monsieur le duc?... La colère vous vient, aussi... Songez à la situation où ces
misérables me mettent... Voilà huit jours que je devrais être validé et qu'ils font exprès de reculer la

séance, parce qu'ils savent la terrible position dans laquelle je me trouve, toute ma fortune paralysée, le

bey qui attend la décision de la Chambre pour savoir s'il peut ou non me détrousser... J'ai quatre-vingts

millions là-bas, monsieur le duc, et ici je commence à tirer la langue... Pour peu que cela dure...

Il essuya les grosses gouttes de sueur qui coulaient sur ses joues.

- Eh bien! moi, j'en fais mon affaire de cette validation, dit le ministre avec une certaine vivacité... Je vais
écrire à Chose de presser son rapport; et quand je devrais me faire porter à la Chambre...

- Votre Excellence est malade? demanda Jansoulet sur un ton d'intérêt qui n'avait rien de menteur, je
vous jure.

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