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Le nabab

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Alphonse Daudet

 

I. LES MALADES DU DOCTEUR JENKINS
II. UN DÉJEUNER PLACE VENDOME
III. MÉMOIRES D'UN GARÇON DE BUREAU. - SIMPLE COUP D'OEIL JETÉ SUR LA CAISSE
TERRITORIALE.

IV. UN DÉBUT DANS LE MONDE.
V. LA FAMILLE JOYEUSE.
VI. FÉLICIA RUYS
VII. JANSOULET CHEZ LUI
VIII. L'OEUVRE DE BETHLÉEM.
IX. BONNE MAMAN
X. MÉMOIRES D'UN GARÇON DE BUREAU. - LES DOMESTIQUES
XI. LES FÊTES DU BEY
XII. UNE ÉLECTION CORSE

 

Il y a cent ans, Le Sage écrivait ceci en tête de Gil Blas:

«Comme il y a des personnes qui ne sauraient lire sans faire des applications des caractères vicieux
ou ridicules qu'elles trouvent dans les ouvrages, je déclare à ces lecteurs malins qu'ils auraient tort

d'appliquer les portraits qui sont dans le présent livre. J'en fais un aveu publique: je ne me suis proposé

que de représenter la vie des hommes telle qu'elle est...»

Toute distance gardée entre le roman de Le Sage et le mien, c'est une déclaration du même genre que
j'aurais désiré mettre à la première page du Nabab, dès sa publication. Plusieurs raisons m'en ont

empêché. D'abord, la peur qu'un pareil avertissement n'eût trop l'air d'être jeté en appât au public et de

vouloir forcer son attention. Puis, j'étais loin de me douter qu'un livre écrit avec des préoccupations

purement littéraires pût acquérir ainsi tout d'un coup cette importance anecdotique et me valoir une telle

nuée bourdonnante de réclamations. Jamais, en effet, rien de semblable ne s'est vu. Pas une ligne de mon

oeuvre, pas un de ses héros, pas même un personnage en silhouette qui ne soit devenu motif à allusions, à

protestations. L'auteur a beau se défendre, jurer ses grands dieux que son roman n'a pas de clef, chacun

lui en forge au moins une, à l'aide de laquelle il prétend ouvrir cette serrure à combinaison. Il faut que

tout ces types aient vécu, comment donc! qu'ils vivent encore, identiques de la tête aux pieds...

Monpavon est un tel, n'est-ce pas?... La ressemblance de Jenkins est frappante... Celui-ci se fâche d'en

être, tel autre de n'en être pas; et cette recherche du scandale aidant, il n'est pas jusqu'à des rencontres de

noms, fatales dans le roman moderne, des indications de rues, des numéros de maisons, choisit au hasard,

qui n'aient servi à donner une sorte d'identité à des êtres bâtis de mille pièces et en définitive absolument

imaginaires.

L'auteur a trop de modestie pour prendre tout ce bruit à son compte. Il sait la part qu'ont eue dans cela les
indiscrétions amicales ou perfides des journaux; et, sans remercier les uns plus qu'il ne convient, sans en

vouloir aux autres outre mesure, il se résigne à sa tapageuse aventure comme à une chose inévitable et

tient seulement à honneur d'affirmer, sur vingt ans de travail et de probité littéraires, que cette fois, pas

plus que les autres, il n'avait cherché cet élément de succès. En feuilletant ses souvenirs, ce qui est le

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