bibliotheq.net - littérature française
 

Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise

Non! Il y a de ces minutes, dans les meilleurs ménages.

«Une surprise, hé! hé! une surprise!»

Le marinier riait jusqu'aux oreilles pour se donner une contenance; mais il aurait bien voulu être encore
dans la rue.

Et comme sa femme, attendant une explication, le regardait d'un air terrible, il bégaya l'histoire tout de
travers, avec des yeux suppliants de chien qu'on menace.

Ses parents l'avaient abandonné, il l'avait trouvé pleurant sur le trottoir.

On avait demandé:

«Qu'est-ce qui en veut?»

Il avait répondu;

«Moi.»

Et le commissaire lui avait dit:

«Emportez-le.

- Pas vrai, petit?»

Alors la mère Louveau éclata:

«Tu es fou, ou tu as trop bu! A-t-on jamais entendu parler d'une bêtise pareille?

«Tu veux donc nous faire mourir dans la misère?

«Tu trouves que nous sommes trop riches? «Que nous avons trop de pain à manger? Trop de place pour
coucher?»

François considérait ses souliers sans répondre.

«Mais, malheureux, regarde-toi, regarde-nous! Ton bateau est percé comme mon écumoire!

«Et il faut encore que tu t'amuses à ramasser les enfants des autres dans les ruisseaux.»

Il s'était déjà dit tout cela, le pauvre homme.

Il ne songeait pas à protester.

Il baissait la tête comme un condamné qui entend le réquisitoire.

«Tu vas me faire le plaisir de reporter cet enfant-là au commissaire de police.

«S'il fait des façons pour le reprendre, tu lui diras que ta femme ne veut pas.

«Est-ce compris?»

Elle marchait sur lui, son poêlon à la main, avec un geste menaçant.

Le marinier promit tout ce qu'elle voulut.

< page précédente | 8 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.