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Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise
Alors le père Louveau s'arrêta, le prit à son cou, l'enveloppa dans sa vareuse.
L'étreinte des petits bras serrés lui rendit un peu de courage.
Il reprit son chemin.
Ma foi, tant pis! il risquerait le paquet.
Si la mère Louveau les mettait à la porte, il serait temps de reporter le marmot à la police; mais peut-être bien qu'elle le garderait pour une nuit, et ce serait toujours un bon dîner de gagné.
Ils arrivaient au pont d'Austerlitz, où la Belle-Nivernaise était amarrée.
L'odeur fade et douce des chargements de bois frais emplissait la nuit.
Toute une flottille de bateaux grouillait dans l'ombre de la rivière.
Le mouvement du flot faisait vaciller les lanternes et grincer les chaînes entre-croisées.
Pour rejoindre son bateau, le père Louveau avait à traverser deux chalands reliés par des passerelles.
Il avançait à pas craintifs, les jambes flageolantes, gêné par l'enfant qui lui étranglait le cou.
Comme la nuit était noire!
Seule une petite lampe étoilait la vitre de la cabine, et une raie lumineuse, qui filtrait sous la porte, animait le sommeil de la Belle-Nivernaise.
On entendait la voix de la mère Louveau qui grondait les enfants en surveillant sa cuisine.
«Veux-tu finir Clara?»
Il n'était plus temps de reculer.
Le marinier poussa la porte.
La mère Louveau lui tournait le dos, penchée sur le poêlon, mais elle avait reconnu son pas et dit sans se déranger:
«C'est toi, François? Comme tu rentres tard!»
Les pommes de terre sautaient dans la friture crépitante et la vapeur qui s'envolait de la marmite vers la porte ouverte troublait les vitres de la cabine.
François avait posé le marmot par terre, et le pauvre mignon, saisi par la tiédeur de la chambre, sentait se déraidir ses petits poings rougis.
Il sourit et dit d'une voix un peu flûtée:
«Fait chaud...»
La mère Louveau se retourna.
Et montrant à son homme l'enfant déguenillé debout au milieu de la chambre, elle cria d'un ton courroucé.
«Qu'est-ce que c'est que ça?»
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