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Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise
Tout Clamecy est venu en procession pour assister à la fête.
Et la bannière flotte au vent.
Et la musique joue.
Zim-boum-boum!
Et les figures sont joyeuses.
Et il y a sur tout cela un joli soleil qui fait flamber l'argent de la croix et les cuivres des musiciens.
La jolie fête!
On vient de découvrir la toile qui masquait l'étambot; le nom du bateau se détache en belles lettres d'or sur un fond d'azur: La Nouvelle-Nivernaise.
Hurrah! pour la Nouvelle-Nivernaise! Qu'elle ait longue vie comme l'ancienne et plus heureuse vieillesse!
M. le curé s'est approché du bateau.
Derrière lui, les chantres et les musiciens sont rangés sur une seule ligne.
La bannière fait fond.
«_Benedicat Deus...»
C'est Victor qui est le parrain et Clara qui est la marraine.
M. le curé les a fait avancer au bord du quai, tout près de lui. Ils se tiennent par la main, ils sont tout timides, tout tremblants.
Ils bredouillent de travers les phrases que l'enfant de choeur leur souffle, tandis que M. le curé secoue le goupillon sur eux:
«_Benedicat Deus...»
Ne dirait-on pas un jeune couple à l'autel?
Cette pensée-là vient à tout le monde.
Peut-être bien qu'elle leur vient à eux aussi, car ils n'osent pas se regarder et se troublent de plus en plus à mesure que la cérémonie avance.
C'est fini. La foule se retire et la Nouvelle-Nivernaise est bénie.
Mais on ne peut laisser partir les musiciens, comme cela, sans les rafraîchir.
Et, tandis que Louveau verse une rasade aux musiciens, Maugendre cligne de l'oeil à la mère Louveau, prend par la main le parrain et la marraine, et se tournant vers M. le curé:
«Voilà le baptême fini, monsieur le curé; à quand le mariage?»
Victor et Clara deviennent rouges comme des coquelicots.
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