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Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise
Certes, ce n'est pas Victor qui récrimine.
On le lève maintenant et l'on roule son grand fauteuil contre la fenêtre.
Il est tout seul avec Clara, dans l'infirmerie silencieuse.
Et Victor est ravi.
Il bénit sa maladie. Il bénit la vente de la Belle-Nivernaise. Il bénit toutes les ventes et toutes les maladies du monde.
«Te souviens-tu, Clara, quand je tenais la barre, et que tu venais t'asseoir auprès de moi, avec ton tricot?»
Clara se souvient si bien qu'elle baisse les yeux, qu'elle rougit, et qu'ils restent tous les deux embarrassés?
Car maintenant il n'est plus le petit gars en béret rouge dont les pieds ne touchaient pas le tillac quand il grimpait sur la barre à califourchon.
Et, elle, quand elle arrive le matin, et qu'elle ôte son petit châle pour le jeter sur le lit, elle a l'air d'une vraie jeune fille, tant ses bras sont ronds dans ses manches, sa taille élancée.
«Viens de bonne heure, Clara, et reste le plus tard possible.»
Il fait si bon déjeuner et dîner en tête-à-tête tout près de la fenêtre, à l'abri des rideaux blancs.
Ils se rappellent la petite enfance, les panades mangées au bord du lit, avec la même cuillère.
Ah! les souvenirs d'enfance!
Ils voltigent dans l'infirmerie du collège comme des oiseaux en volière. Sans doute ils font leur nid dans tous les coins des rideaux, car il y en a de nouveaux chaque matin, frais éclos, qui prennent leur vol.
Et vraiment l'on dirait, à entendre ces conversations du passé, un couple d'octogénaires, ne regardant plus qu'au loin derrière eux.
N'y a-t-il donc pas un avenir, qui pourrait bien être intéressant, lui aussi?
Oui, il y a un avenir, et l'on y pense souvent, si l'on n'en parle jamais.
D'ailleurs, il n'est pas indispensable de faire des phrases pour causer. Certaine façon de se prendre la main et de rougir à tout propos en dit plus long que la parole.
Victor et Clara causent dans cette langue-là toute la journée.
C'est probablement pour cela qu'ils sont souvent silencieux.
Et c'est pour cela aussi que les jours passent si vite, que le mois s'écoule à petit bruit sans qu'on l'entende.
C'est pour cela que M. le docteur est obligé de hérisser ses cheveux gris et de mettre son malade à la porte de l'infirmerie.
Justement, le père Maugendre revient de voyage à cette époque.
Il trouve tout le monde réuni à la maison. Et quand le pauvre Louveau, tout inquiet, lui demande.
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