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Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise

«Et ce sera trop bon pour moi de te voir quelquefois en passant.»

A présent, la cloche ne sonne plus les heures de la récréation, du réfectoire et de l'étude.

On est en vacances et le grand collège est désert.

Pas d'autre bruit que celui du jet d'eau dans la cour d'honneur et des moineaux piaillant sur les préaux.

Le roulement des rares voitures arrive lointain et assourdi, car on a mis de la paille dans la rue.

C'est au milieu de ce silence et de cette solitude que l'élève Maugendre revient à lui.

Il est tout surpris de se retrouver dans un lit bien blanc, entouré de grands rideaux de percale qui mettent
tout autour un isolement de demi-jour et de paix.

Il voudrait bien se soulever sur l'oreiller, les écarter un peu pour voir où il est; mais, bien qu'il se sente
délicieusement reposé, il n'en a pas la force, et il attend.

Mais des voix chuchotent autour de lui.

On dirait, sur le plancher, un bruit de pieds marchant sur la pointe, et même un clabaudement connu:
quelque chose comme la promenade d'un manche à balai sur des planches.

Victor a déjà entendu cela autrefois.

Où donc?

Eh! sur le tillac de la Belle-Nivernaise.

C'est cela! C'est bien cela!

Et le malade, réunissant toute sa force, d'une voix faible, qu'il croit bien grosse:

«Ohé! L'Équipage! ohé!»

Les rideaux se tirent, et, dans un éblouissement de lumière, il aperçoit tous les êtres chéris qu'il a tant
appelés dans son délire.

Tous. Oui, tous!

Ils sont tous là, Clara, Maugendre, le père Louveau, la mère Louveau, Mimile, la petite soeur, et le vieux
héron ébouillanté, maigre comme sa gaffe, qui sourit démesurément de son rire silencieux.

Et tous les bras sont tendus, et toutes les têtes sont penchées, et il y a des baisers pour tout le monde, des
sourires, des poignées de main, des questions.

«Où suis-je?

- Comment êtes-vous là?»

Mais les ordres de M. le docteur sont formels. - Les cheveux gris ne plaisantaient pas en commandant cela.
- Il faut rentrer les bras sous les couvertures, se taire, ne pas s'exciter.

Et, pour empêcher l'enfant de causer, Maugendre parle tout le temps.

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