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Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise
Il lui semble que le forestier en bicorne s'éloigne à grandes enjambées.
Il gronde, il supplie, il promet.
«Veux-tu des leçons?
«Veux-tu des maîtres?
«Je te donnerai les meilleurs.
«Les plus chers!»
En attendant, l'élève Maugendre devient un cancre, et les «bulletins trimestriels» constatent impitoyablement sa «turpitude».
Lui-même, il a le sentiment de sa sottise.
Il s'enfonce tous les jours davantage dans l'ombre et dans la tristesse.
Si Clara et les autres pouvaient voir ce qu'on a fait de leur Victor!
Comme ils viendraient ouvrir toutes grandes les portes de sa prison!
Comme ils lui offriraient de bon coeur de partager avec lui leur dernier morceau de pain, leur dernier bout de planche!
Car ils sont malheureux eux aussi, les autres.
Les affaires vont de mal en pis.
Le bateau est de plus en plus vieux.
Victor sait cela par les lettres de Clara, qui lui arrivent de temps en temps marquées d'un «vu» au crayon rouge, énorme, furieux, griffonné par M. le principal, qui déteste ces «correspondances interlopes».
«Ah! Quand tu étais là! disent les épîtres de Clara, toujours aussi tendres, mais de plus en plus affligées... Ah! si tu étais avec nous!»
Ne dirait-on pas, vraiment, que tout allait bien dans ce temps-là, et que tout serait sauvé si Victor revenait?
Eh bien! Victor sauvera tout.
Il achètera un bateau neuf.
Il consolera Clara.
Il relèvera le commerce.
Il montrera qu'on n'a pas aimé un ingrat et recueilli un inutile.
Mais, pour cela, il faut devenir un homme.
Il faut gagner de l'argent.
Il faut être savant.
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