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Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise

«Je n'ai plus de goût à rien.

«Aussi, je vais me dépatrier, ça me distraira peut-être.»

Et, comme malgré lui, ses yeux se tournaient vers les enfants.

A ce moment Victor et Clara débouchèrent de l'avenue avec leur charge de ramée.

En apercevant Maugendre, ils jetèrent leurs fagots et coururent a lui.

Il les accueillit amicalement comme toujours, et dit à Louveau, qui restait sombre:

«Tu es heureux, toi, tu as quatre enfants. Moi, je n'en ai plus.»

Et il soupira:

«Je n'ai rien à dire, c'est de ma faute.» Il s'était levé.

Tout le monde l'imita.

«Adieu, Victor. Travaille bien et aime tes parents, tu le dois.»

Il lui avait posé la main sur l'épaule, il le regardait longuement:

«Dire que si j'avais un enfant, il serait comme lui.»

En face, Louveau, la bouche colère, avait un air de dire:

«Mais va-t-on donc!»

Pourtant au moment où le charpentier s'en allait, François eut un élan de pitié et l'appela:

«Maugendre, tu ne manges pas la soupe avec nous?»

C'était dit comme malgré soi, d'un ton brusque qui décourageait d'accepter.

Le vieux secoua la tête.

«Merci, je n'ai pas faim.

«Le bonheur des autres, vois-tu, ça fait mal quand on est bien triste.»

Et il s'éloigna, courbé sur sa canne.

Louveau ne prononça pas une parole de la soirée.

Il passa la nuit à marcher sur le pont et, le matin, sortit sans rien dire à personne.

Il se rendit au presbytère.

La maison du curé était voisine de l'église.

C'était une grande bâtisse carrée avec une cour par devant et un potager derrière.

Des poules picoraient sur le seuil.

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