bibliotheq.net - littérature française
 

Alphonse Daudet - La Belle-Nivernaise

On respirait largement.

On clignait de l'oeil au travers de la table pour se dire:

«Hein! tout de même, si nous l'avions reporté chez le commissaire?»

Et le père Louveau riait jusqu'aux oreilles, promenant un regard mouillé sur sa couvée.

On aurait dit qu'il leur était arrivé une bonne fortune, que la Belle-Nivernaise n'avait plus un trou
dans les côtes, qu'ils avaient gagné le gros lot à la loterie.

Le marinier assommait Victor de coups de poings.

Une façon de lui témoigner sa tendresse.

«Mâtin de Victor!

«Quel coup de barre!

«As-tu vu ça, l'Équipage?

«Je n'aurais pas mieux fait, hé! hé! moi, le patron.»

Le bonhomme en eut pour quinze jours à pousser des exclamation, à courir les quais pour raconter le coup
de barre.

«Vous comprenez:

«Le bateau drossait.

«Alors lui:

«Vlan!»

Et il faisait un geste pour indiquer la manoeuvre.

Pendant ce temps la Seine baissait et le moment approchait de repartir.

Un matin, comme Victor et Louveau pompaient sur le tillac, le facteur apporta une lettre.

Il y avait un cachet bleu derrière.

Le marinier ouvrit la lettre d'une main un peu tremblante, et, comme il n'était pas beaucoup plus fort sur la
lecture que sur le calcul, il dit à Victor:

«Épelle-moi ça, toi.»

Et Victor lut:

BUREAU DU COMMISSAIRE DE POLICE

XIIe ARRONDISSEMENT

«Monsieur Louveau (François), patron-marinier est invité à passer dans le plus bref délai au cabinet du
commissaire de police.»

< page précédente | 25 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.