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Alexandre Dumas père - Vingt ans après
- Moi je vais faire un tour sans espoir chez Athos, dit d'Artagnan; mais, quoique je le croie devenu fort incapable, il faut observer les procédés avec ses amis.
- Si j'allais avec vous, dit Porthos, cela me distrairait peut-être.
- C'est possible, dit d'Artagnan, et moi aussi; mais vous n'auriez plus le temps de faire vos préparatifs.
- C'est vrai, dit Porthos. Partez donc, et bon courage; quant à moi, je suis plein d'ardeur.
- À merveille! dit d'Artagnan.
Et ils se séparèrent sur les limites de la terre de Pierrefonds, jusqu'aux extrémités de laquelle Porthos voulut conduire son ami.
- Au moins, disait d'Artagnan tout en prenant la route de Villers-Cotterêts, au moins je ne serai pas seul. Ce diable de Porthos est encore d'une vigueur superbe. Si Athos vient, eh bien! nous serons trois à nous moquer d'Aramis, de ce petit frocard à bonnes fortunes.
À Villers-Cotterêts il écrivit au cardinal.
«Monseigneur, j'en ai déjà un à offrir à Votre Éminence, et celui-là vaut vingt hommes. Je pars pour Blois, le comte de La Fère habitant le château de Bragelonne aux environs de cette ville.»
Et sur ce il prit la route de Blois tout en devisant avec Planchet, qui lui était une grande distraction pendant ce long voyage.
XV. Deux têtes d'ange
Il s'agissait d'une longue route; mais d'Artagnan ne s'en inquiétait point: il savait que ses chevaux s'étaient rafraîchis aux plantureux râteliers du seigneur de Bracieux. Il se lança donc avec confiance dans les quatre ou cinq journées de marche qu'il avait à faire suivi du fidèle Planchet.
Comme nous l'avons déjà dit, ces deux hommes, pour combattre les ennuis de la route, cheminaient côte à côte et causaient toujours ensemble. D'Artagnan avait peu à peu dépouillé le maître, et Planchet avait quitté tout à fait la peau du laquais. C'était un profond matois, qui, depuis sa bourgeoisie improvisée, avait regretté souvent les franches lippées du grand chemin ainsi que la conversation et la compagnie brillante des gentilshommes, et qui, se sentant une certaine valeur personnelle, souffrait de se voir démonétiser par le contact perpétuel des gens à idées plates.
Il s'éleva donc bientôt avec celui qu'il appelait encore son maître au rang de confident. D'Artagnan depuis de longues années n'avait pas ouvert son coeur. Il arriva que ces deux hommes en se retrouvant s'agencèrent admirablement.
D'ailleurs, Planchet n'était pas un compagnon d'aventures tout à fait vulgaire; il était homme de bon conseil; sans chercher le danger il ne reculait pas aux coups, comme d'Artagnan avait eu plusieurs fois occasion de s'en apercevoir; enfin, il avait été soldat, et les armes anoblissaient; et puis, plus que tout cela, si Planchet avait besoin de lui, Planchet ne lui était pas non plus inutile. Ce fut donc presque sur le pied de deux bons amis que d'Artagnan et Planchet arrivèrent dans le Blaisois.
Chemin faisant, d'Artagnan disait en secouant la tête et en revenant à cette idée qui l'obsédait sans cesse:
- Je sais bien que ma démarche près d'Athos est inutile et absurde, mais je dois ce procédé à mon ancien
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