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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

- Aramis, dit d'Artagnan, qui ne voulait pas désenchanter Porthos; Aramis, imaginez-vous, mon cher,
qu'il est devenu moine et jésuite, qu'il vit comme un ours: il renonce à tout, et ne pense qu'à son salut.

Mes offres n'ont pu le décider.

- Tant pis! dit Porthos, il avait de l'esprit. Et Athos?

- Je ne l'ai pas encore vu, mais j'irai le voir en vous quittant. Savez-vous où je le trouverai, lui?

- Près de Blois, dans une petite terre qu'il a héritée, je ne sais de quel parent.

- Et qu'on appelle?

- Bragelonne. Comprenez-vous, mon cher, Athos qui était noble comme l'empereur et qui hérite d'une
terre qui a titre de comté! que fera-t-il de tous ces comtés-là? Comté de la Fère, comté de Bragelonne?

- Avec cela qu'il n'a pas d'enfants, dit d'Artagnan.

- Heu! fit Porthos, j'ai entendu dire qu'il avait adopté un jeune homme qui lui ressemble par le visage.

- Athos, notre Athos, qui était vertueux comme Scipion? l'avez- vous revu?

- Non.

- Eh bien! j'irai demain lui porter de vos nouvelles. J'ai peur, entre nous, que son penchant pour le vin ne
l'ait fort vieilli et dégradé.

- Oui, dit Porthos, c'est vrai; il buvait beaucoup.

- Puis c'était notre aîné à tous, dit d'Artagnan.

- De quelques années seulement, reprit Porthos; son air grave le vieillissait beaucoup.

- Oui, c'est vrai. Donc, si nous avons Athos, ce sera tant mieux: si nous ne l'avons pas, eh bien! nous nous
en passerons. Nous en valons bien douze à nous deux.

- Oui, dit Porthos souriant au souvenir de ses anciens exploits; mais à nous quatre nous en aurions valu
trente-six; d'autant plus que le métier sera dur, à ce que vous dites.

- Dur pour des recrues, oui; mais pour nous, non.

- Sera-ce long?

- Dame! cela pourra durer trois ou quatre ans.

- Se battra-t-on beaucoup?

- Je l'espère.

- Tant mieux, au bout du compte, tant mieux! s'écria Porthos: vous n'avez point idée, mon cher, combien
les os me craquent depuis que je suis ici! Quelquefois le dimanche, en sortant de la messe, je cours à

cheval dans les champs et sur les terres des voisins pour rencontrer quelque bonne petite querelle, car je

sens que j'en ai besoin; mais rien, mon cher! Soit qu'on me respecte, soit qu'on ne craigne, ce qui est bien

plus probable, on me laisse fouler les luzernes avec mes chiens, passer sur le ventre à tout le monde, et je

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