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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

de cette terre de Bracieux il était en procès avec l'évêque de Noyon.

C'était donc dans les environs de Noyon qu'il devait aller chercher cette terre, c'est-à-dire sur la frontière
de l'Île-de- France et de la Picardie.

Son itinéraire fut promptement arrêté: il irait jusqu'à Dammartin, où s'embranchent deux routes, l'une qui
va à Soissons, l'autre à Compiègne; là il s'informerait de la terre de Bracieux, et selon la réponse il

suivrait tout droit ou prendrait à gauche.

Planchet, qui n'était pas encore bien rassuré à l'endroit de son escapade, déclara qu'il suivrait d'Artagnan
jusqu'au bout du monde, prit-il tout droit, ou prit-il à gauche. Seulement il supplia son ancien maître de

partir le soir, l'obscurité présentant plus de garanties. D'Artagnan lui proposa alors de prévenir sa femme

pour la rassurer au moins sur son sort; mais Planchet répondit avec beaucoup de sagacité qu'il était bien

certain que sa femme ne mourrait point d'inquiétude de ne pas savoir où il était, tandis que, connaissant

l'incontinence de langue dont elle était atteinte, lui, Planchet, mourrait d'inquiétude si elle le savait.

Ces raisons parurent si bonnes à d'Artagnan, qu'il 'insista pas davantage, et que, vers les huit heures du
soir, au moment où la brume commençait à s'épaissir dans les rues, il partit de l'hôtel de La

Chevrette
, et, suivi de Planchet, sortit de la capitale par la porte Saint-Denis.

À minuit, les deux voyageurs étaient à Dammartin.

C'était trop tard pour prendre des renseignements. L'hôte du Cygne de la Croix était couché.
D'Artagnan remit donc la chose au lendemain.

Le lendemain il fit venir l'hôte. C'était un de ces rusés Normands qui ne disent ni oui ni non, et qui
croient toujours qu'ils se compromettent en répondant directement à la question qu'on leur fait;

seulement, ayant cru comprendre qu'il devait suivre tout droit, d'Artagnan se remit en marche sur ce

renseignement assez équivoque. À neuf heures du matin, il était à Nanteuil; là il s'arrêta pour déjeuner.

Cette fois, l'hôte était un franc et bon Picard qui, reconnaissant dans Planchet un compatriote, ne fit
aucune difficulté pour lui donner les renseignements qu'il désirait. La terre de Bracieux était à quelques

lieues de Villers-Cotterêts.

D'Artagnan connaissait Villers-Cotterêts pour y avoir suivi deux ou trois fois la cour, car à cette époque
Villers-Cotterêts était une résidence royale. Il s'achemina donc vers cette ville, et descendit à son hôtel

ordinaire, c'est-à-dire au Dauphin d'or.

Là les renseignements furent des plus satisfaisants. Il apprit que la terre de Bracieux était située à quatre
lieues de cette ville, mais que ce n'était point là qu'il fallait chercher Porthos. Porthos avait eu

effectivement des démêlés avec l'évêque de Noyon à propos de la terre de Pierrefonds, qui limitait la

sienne, et, ennuyé de tous ces démêlés judiciaires auxquels il ne comprenait rien, il avait, pour en finir,

acheté Pierrefonds, de sorte qu'il avait ajouté ce nouveau nom à ses anciens noms. Il s'appelait

maintenant du Vallon de Bracieux de Pierrefonds, et demeurait dans sa nouvelle propriété. À défaut

d'autre illustration, Porthos visait évidemment à celle du marquis de Carabas.

Il fallait encore attendre au lendemain, les chevaux avaient fait dix lieues dans leur journée et étaient
fatigués. On aurait pu en prendre d'autres, il est vrai, mais il y avait toute une grande forêt à traverser, et

Planchet, on se le rappelle, n'aimait pas les forêts la nuit.

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