|
Alexandre Dumas père - Vingt ans après
D'Artagnan gagna donc la haie et se cacha derrière. En passant devant la maison où avait eu lieu la scène que nous avons racontée, il avait remarqué que la même fenêtre s'était éclairée de nouveau, et il était convaincu qu'Aramis était pas encore rentré chez lui, et que, lorsqu'il y rentrerait, il n'y rentrerait pas seul.
En effet, au bout d'un instant il entendit des pas qui s'approchaient et comme un bruit de voix qui parlaient à demi bas.
Au commencement de la haie les pas s'arrêtèrent.
D'Artagnan mit un genou en terre, cherchant la plus grande épaisseur de la haie pour s'y cacher.
En ce moment deux hommes apparurent, au grand étonnement de d'Artagnan; mais bientôt son étonnement cessa, car il entendit vibrer une voix douce et harmonieuse: l'un de ces deux hommes était une femme déguisée en cavalier.
- Soyez tranquille, mon cher René, disait la voix douce, la même chose ne se renouvellera plus; j'ai découvert une espèce de souterrain qui passe sous la rue, et nous n'aurons qu'à soulever une des dalles qui sont devant la porte pour vous ouvrir une sortie.
- Oh! dit une autre voix que d'Artagnan reconnut pour celle d'Aramis, je vous jure bien, princesse, que si notre renommée ne dépendait pas de toutes ces précautions, et que je n'y risquasse que ma vie...
- Oui, oui, je sais que vous êtes brave et aventureux autant qu'homme du monde; mais vous n'appartenez pas seulement à moi seule, vous appartenez à tout notre parti. Soyez donc prudent, soyez donc sage.
- J'obéis toujours, madame, dit Aramis, quand on me sait commander avec une voix si douce.
Il lui baisa tendrement la main.
- Ah! s'écria le cavalier à la voix douce.
- Quoi? demanda Aramis.
- Mais ne voyez-vous pas que le vent a enlevé mon chapeau?
Et Aramis s'élança après le feutre fugitif. D'Artagnan profita de la circonstance pour chercher un endroit de la haie moins touffu qui laissât son regard pénétrer librement jusqu'au problématique cavalier. En ce moment, justement, la lune, curieuse peut-être comme l'officier, sortait de derrière un nuage, et, à sa clarté indiscrète, d'Artagnan reconnut les grands yeux bleus, les cheveux d'or et la noble tête de la duchesse de Longueville.
Aramis revint en riant un chapeau sur la tête et un à la main, et tous deux continuèrent leur chemin vers le couvent des jésuites.
- Bon! dit d'Artagnan en se relevant et en brossant son genou, maintenant je te tiens, tu es frondeur et amant de madame de Longueville.
XII. M. Porthos du Vallon de Bracieux de Pierrefonds
Grâce aux informations prises auprès d'Aramis, d'Artagnan, qui savait déjà que Porthos, de son nom de famille, s'appelait du Vallon, avait appris que, de son nom de terre, il s'appelait de Bracieux, et qu'à cause
|