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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

D'Artagnan monta derrière lui, mais plus doucement; on voyait que ce genre de chemin lui était moins
familier qu'à son ami.

- Pardon, dit Aramis en remarquant sa gaucherie: si j'avais su avoir l'honneur de votre visite, j'aurais fait
apporter l'échelle du jardinier; mais pour moi seul, celle-ci est suffisante.

- Monsieur, dit Planchet lorsqu'il vit d'Artagnan sur le point d'achever son ascension, cela va bien pour
M. Aramis, cela va encore pour vous, cela, à la rigueur, irait aussi pour moi, mais les deux chevaux ne

peuvent pas monter l'échelle.

- Conduisez-les sous ce hangar, mon ami, dit Aramis en montrant à Planchet une espèce de fabrique qui
s'élevait dans la plaine, vous y trouverez de la paille et de l'avoine pour eux.

- Mais pour moi? dit Planchet.

- Vous reviendrez sous cette fenêtre, vous frapperez trois fois dans vos mains, et nous vous ferons passer
des vivres. Soyez tranquille, morbleu! on ne meurt pas de faim ici, allez!

Et Aramis, retirant l'échelle, ferma la fenêtre.

D'Artagnan examinait la chambre.

Jamais il n'avait vu appartement plus guerrier à la fois et plus élégant. À chaque angle étaient des
trophées d'armes offrant à la vue et à la main des épées de toutes sortes, et quatre grands tableaux

représentaient dans leurs costumes de bataille le cardinal de Lorraine, le cardinal de Richelieu, le cardinal

de La Valette et l'archevêque de Bordeaux. Il est vrai qu'au surplus rien n'indiquait la demeure d'un abbé;

les tentures étaient de damas, les tapis venaient d'Alençon et le lit surtout avait plutôt l'air du lit d'une

petite-maîtresse, avec sa garniture de dentelle et son couvre-pied, que de celui d'un homme qui avait fait

voeu de gagner le ciel par l'abstinence et la macération.

- Vous regardez mon bouge, dit Aramis. Ah! mon cher, excusez-moi. Que voulez-vous! je suis logé
comme un chartreux. Mais que cherchez-vous des yeux?

- Je cherche qui vous a jeté l'échelle; je ne vois personne, et cependant l'échelle n'est pas venue toute
seule.

- Non, c'est Bazin.

- Ah! ah! fit d'Artagnan.

- Mais, continua Aramis, monsieur Bazin est un garçon bien dressé, qui, voyant que je ne rentrais pas
seul, se sera retiré par discrétion. Asseyez-vous, mon cher, et causons.

Et Aramis poussa à d'Artagnan un large fauteuil, dans lequel celui-ci s'allongea en s'accoudant.

- D'abord, vous soupez avec moi, n'est-ce pas? demanda Aramis.

- Oui, si vous le voulez bien, dit d'Artagnan, et même ce sera avec grand plaisir, je vous l'avoue; la route
m'a donné un appétit de diable.

- Ah! mon pauvre ami! dit Aramis, vous trouverez maigre chère, on ne vous attendait pas.

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