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Alexandre Dumas père - Vingt ans après
Au bout de cinq minutes, Planchet revint.
- Monsieur, dit-il, il y a une seule fenêtre éclairée sur la face qui donne vers les champs.
- Hum! dit d'Artagnan; si j'étais frondeur, je frapperais ici et serais sûr d'avoir un bon gîte; si j'étais moine, je frapperais là-bas et serais sûr d'avoir un bon souper; tandis qu'au contraire, il est bien possible qu'entre le château et le couvent nous couchions sur la dure, mourant de soif et de faim.
- Oui, ajouta Planchet, comme le fameux âne de Buridan. En attendant, voulez-vous que je frappe?
- Chut! dit d'Artagnan; la seule fenêtre qui était éclairée vient de s'éteindre.
- Entendez-vous, monsieur? dit Planchet.
- En effet, quel est ce bruit? C'était comme la rumeur d'un ouragan qui s'approchait; au même instant deux troupes de cavaliers, chacune d'une dizaine d'hommes, débouchèrent par chacune des deux ruelles qui longeaient la maison, et fermant toute issue enveloppèrent d'Artagnan et Planchet.
- Ouais! dit d'Artagnan en tirant son épée et en s'abritant derrière son cheval, tandis que Planchet exécutait la même manoeuvre, aurais-tu pensé juste, et serait-ce à nous qu'on en veut réellement?
- Le voilà, nous le tenons! dirent les cavaliers en s'élançant sur d'Artagnan, l'épée nue.
- Ne le manquez pas, dit une voix haute.
- Non, Monseigneur, soyez tranquille.
D'Artagnan crut que le moment était venu pour lui de se mêler à la conversation.
- Holà, messieurs! dit-il avec son accent gascon, que voulez- vous, que demandez-vous?
- Tu vas le savoir! hurlèrent en choeur les cavaliers.
- Arrêtez, arrêtez! cria celui qu'ils avaient appelé Monseigneur; arrêtez, sur votre tête, ce n'est pas sa voix.
- Ah çà! messieurs, dit d'Artagnan, est-ce qu'on est enragé, par hasard, à Noisy? Seulement, prenez-y garde, car je vous préviens que le premier qui s'approche à la longueur de mon épée, et mon épée est longue, je l'éventre.
Le chef s'approcha.
- Que faites-vous là? dit-il d'une voix hautaine et comme habituée au commandement.
- Et vous-même? dit d'Artagnan.
- Soyez poli, ou l'on vous étrillera de bonne sorte; car, bien qu'on ne veuille pas se nommer, on désire être respecté selon son rang.
- Vous ne voulez pas vous nommer parce que vous dirigez un guet-apens, dit d'Artagnan; mais moi qui voyage tranquillement avec mon laquais, je n'ai pas les mêmes raisons de vous taire mon nom.
- Assez, assez! comment vous appelez-vous?
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