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Alexandre Dumas père - Vingt ans après
« - Oui. Il n'est pas homme à se laisser prendre comme cela, il jouera de l'épée.
« - Eh bien, il faudra faire comme lui, et cependant tâchez de l'avoir vivant. Avez-vous des cordes pour le lier, et un bâillon pour lui mettre sur la bouche?
« - Nous avons tout cela.
« - Faites attention qu'il sera, selon toute probabilité, déguisé en cavalier.
« - Oh! oui, oui, Monseigneur, soyez tranquille.
« - D'ailleurs, je serai là, et je vous guiderai.
« - Vous répondez que la justice...
« - Je réponds de tout, dit le prince.»
« - C'est bon, nous ferons de notre mieux.»
Et sur ce, ils sont sortis de l'écurie.
- Eh bien, dit d'Artagnan, en quoi cela nous regarde-t-il? C'est quelqu'une de ces entreprises comme on en fait tous les jours.
- Êtes-vous sûr qu'elle n'est point dirigée contre nous?
- Contre nous! et pourquoi?
- Dame! repassez leurs paroles: «J'ai reconnu son domestique», a dit l'un, ce qui pourrait bien se rapporter à moi.
- Après?
«Il doit être à Noisy ou y venir ce soir», a dit l'autre, ce qui pourrait bien se rapporter à vous.
- Ensuite?
- Ensuite le prince a dit: «Faites attention qu'il sera, selon toute probabilité, déguisé en cavalier», ce qui me paraît ne pas laisser de doute, puisque vous êtes en cavalier et non en officier de mousquetaires; eh bien! que dites-vous de cela?
- Hélas! mon cher Planchet! dit d'Artagnan en poussant un soupir, j'en dis que je n'en suis malheureusement plus au temps où les princes me voulaient faire assassiner. Ah! celui-là, c'était le bon temps. Sois donc tranquille, ces gens-là n'en veulent point à nous.
- Monsieur est sûr?
- J'en réponds.
- C'est bien, alors; n'en parlons plus.
Et Planchet reprit sa place à la suite de d'Artagnan, avec cette sublime confiance qu'il avait toujours eue pour son maître, et que quinze ans de séparation n'avaient point altérée.
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