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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

tout en se réservant quarante mille livres de rente, venait de partager neuf millions entre ses enfants.

Le fils d'Emery avait manqué d'être étouffé, un des émeutiers ayant proposé de le presser jusqu'à ce qu'il
eût rendu l'or qu'il dévorait. Le conseil n'avait rien décidé ce jour-là, le surintendant étant trop occupé de

cet événement pour avoir la tête bien libre.

Le lendemain, le premier président Mathieu Molé, dont le courage dans toutes ces affaires, dit le cardinal
de Retz, égala celui de M. le duc de Beaufort et celui de M. le prince de Condé, c'est-à- dire des deux

hommes qui passaient pour les plus braves de France; le lendemain, le premier président, disons-nous,

avait été attaqué à son tour; le peuple le menaçait de se prendre à lui des maux qu'on lui voulait faire;

mais le premier président avait répondu avec son calme habituel, sans s'émouvoir et sans s'étonner, que si

les perturbateurs n'obéissaient pas aux volontés du roi, il allait faire dresser des potences dans les places

pour faire pendre à l'instant même les plus mutins d'entre eux. Ce à quoi ceux-ci avaient répondu qu'ils ne

demandaient pas mieux que de voir dresser des potences, et qu'elles serviraient à pendre les mauvais

juges qui achetaient la faveur de la cour au prix de la misère du peuple.

Ce n'est pas tout; le 11, la reine allant à la messe à Notre-Dame, ce qu'elle faisait régulièrement tous les
samedis, avait été suivie par plus de deux cents femmes criant et demandant justice. Elles n'avaient, au

reste, aucune intention mauvaise, voulant seulement se mettre à genoux devant elle pour tâcher

d'émouvoir sa pitié; mais les gardes les en empêchèrent, et la reine passa hautaine et fière sans écouter

leurs clameurs.

L'après-midi, il y avait eu conseil de nouveau; et là on avait décidé que l'on maintiendrait l'autorité du
roi: en conséquence, le parlement fut convoqué pour le lendemain, 12.

Ce jour, celui pendant la soirée duquel nous ouvrons cette nouvelle histoire, le roi, alors âgé de dix ans,
et qui venait d'avoir la petite vérole, avait, sous prétexte d'aller rendre grâce à Notre-Dame de son

rétablissement, mis sur pied ses gardes, ses Suisses et ses mousquetaires, et les avait échelonnés autour

du Palais-Royal, sur les quais et sur le Pont-Neuf, et, après la messe entendue, il était passé au parlement,

où, sur un lit de justice improvisé, il avait non seulement maintenu ses édits passés, mais encore en avait

rendu cinq ou six nouveaux, tous, dit le cardinal de Retz, plus ruineux les uns que les autres. Si bien que

le premier président, qui, on a pu le voir, était les jours précédents pour la cour, s'était cependant élevé

fort hardiment sur cette manière de mener le roi au Palais pour surprendre et forcer la liberté des

suffrages.

Mais ceux qui surtout s'élevèrent fortement contre les nouveaux impôts, ce furent le président
Blancmesnil et le conseiller Broussel.

Ces édits rendus, le roi rentra au Palais-Royal. Une grande multitude de peuple était sur sa route; mais
comme on savait qu'il venait du parlement, et qu'on ignorait s'il y avait été pour y rendre justice au

peuple ou pour l'opprimer de nouveau, pas un seul cri de joie ne retentit sur son passage pour le féliciter

de son retour à la santé. Tous les visages, au contraire, étaient mornes et inquiets; quelques-uns même

étaient menaçants.

Malgré son retour, les troupes restèrent sur place: on avait craint qu'une émeute n'éclatât quand on
connaîtrait le résultat de la séance du parlement: et, en effet, à peine le bruit se fut-il répandu dans les

rues qu'au lieu d'alléger les impôts, le roi les avait augmentés, que des groupes se formèrent et que de

grandes clameurs retentirent, criant: «À bas le Mazarin! vive Broussel! vive Blancmesnil!» car le peuple

avait su que Broussel et Blancmesnil avaient parlé en sa faveur; et quoique leur éloquence eût été perdue,

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