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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

- Monsieur d'Artagnan! s'écria-t-il; vade retro, Satanas!...

- Eh bien, mon cher Bazin, dit l'officier en riant, voilà comment vous recevez un ancien ami!

- Monsieur, répondit Bazin, les vrais amis du chrétien sont ceux qui l'aident à faire son salut, et non ceux
qui l'en détournent.

- Je ne vous comprends pas, Bazin, dit d'Artagnan, et je ne vois pas en quoi je puis être une pierre
d'achoppement à votre salut.

- Vous oubliez, monsieur, répondit Bazin, que vous avez failli détruire à jamais celui de mon pauvre
maître, et qu'il n'a pas tenu à vous qu'il ne se damnât en restant mousquetaire, quand sa vocation

l'entraînait si ardemment vers Église.

- Mon cher Bazin, reprit d'Artagnan, vous devez voir, par le lieu où vous me rencontrez, que je suis fort
changé en toutes choses: l'âge amène la raison; et, comme je ne doute pas que votre maître ne soit en

train de faire son salut, je viens m'informer de vous où il est, pour qu'il m'aide par ses conseils à faire le

mien.

- Dites plutôt pour le ramener avec vous vers le monde. Heureusement, ajouta Bazin, que j'ignore où il
est, car, comme nous sommes dans un saint lieu, je n'oserais pas mentir.

- Comment! s'écria d'Artagnan au comble du désappointement, vous ignorez où est Aramis?

- D'abord, dit Bazin, Aramis était son nom de perdition, dans Aramis on trouve Simara, qui est un nom
de démon, et, par bonheur pour lui, il a quitté à tout jamais ce nom.

- Aussi, dit d'Artagnan décidé à être patient jusqu'au bout, n'est-ce point Aramis que je cherchais, mais
l'abbé d'Herblay. Voyons, mon cher Bazin, dites-moi où il est.

- N'avez-vous pas entendu, monsieur d'Artagnan, que je vous ai répondu que je l'ignorais?

- Oui, sans doute; mais à ceci je vous réponds, moi, que c'est impossible.

- C'est pourtant la vérité, monsieur, la vérité pure, la vérité du bon Dieu.

D'Artagnan vit bien qu'il ne tirerait rien de Bazin; il était évident que Bazin mentait, mais il mentait avec
tant d'ardeur et de fermeté, qu'on pouvait deviner facilement qu'il ne reviendrait pas sur son mensonge.

- C'est bien, Bazin! dit d'Artagnan; puisque vous ignorez où demeure votre maître, n'en parlons plus,
quittons-nous bons amis, et prenez cette demi-pistole pour boire à ma santé.

- Je ne bois pas, monsieur, dit Bazin en repoussant majestueusement la main de l'officier, c'est bon pour
des laïques.

- Incorruptible! murmura d'Artagnan. En vérité, je joue de malheur.

Et comme d'Artagnan, distrait par ses réflexions, avait lâché la robe de Bazin, Bazin profita de la liberté
pour battre vivement en retraite vers la sacristie, dans laquelle il ne se crut encore en sûreté qu'après avoir

fermé la porte derrière lui.

D'Artagnan restait immobile, pensif et les yeux fixés sur la porte qui avait mis une barrière entre lui et

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