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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

à la terre d'Artagnan, qui depuis deux cents ans était entièrement sortie de sa famille, et il poussa un cri
de joie: il venait de reconnaître la vaste écriture de Porthos et au-dessous quelques lignes en pattes de

mouche tracées par la main sèche de sa digne épouse.

D'Artagnan ne s'amusa point à relire la lettre, il savait ce qu'elle contenait, il courut à l'adresse.

L'adresse était: au château du Vallon.

Porthos avait oublié tout autre renseignement. Dans son orgueil il croyait que tout le monde devait
connaître le château auquel il avait donné son nom.

- Au diable le vaniteux! dit d'Artagnan, toujours le même! Il m'allait cependant bien de commencer par
lui, attendu qu'il ne devait pas avoir besoin d'argent, lui qui a hérité des huit cent mille livres de M.

Coquenard. Allons, voilà le meilleur qui me manque. Athos sera devenu idiot à force de boire. Quant à

Aramis, il doit être plongé dans ses pratiques de dévotion.

D'Artagnan jeta encore une fois les yeux sur la lettre de Porthos. Il y avait un post-scriptum, et ce
post-scriptum
contenait cette phrase:

«J'écris par le même courrier à notre digne ami Aramis en son couvent.»

- En son couvent! oui; mais quel couvent? Il y en a deux cents à Paris et trois mille en France. Et puis
peut-être en se mettant au couvent a-t-il changé une troisième fois de nom. Ah! si j'étais savant en

théologie et que je me souvinsse seulement du sujet de ses thèses qu'il discutait si bien à Crèvecoeur avec

le curé de Montdidier et le supérieur des jésuites, je verrais quelle doctrine il affectionne et je déduirais

de là à quel saint il a pu se vouer, voyons, si j'allais trouver le cardinal et que je lui demandasse un

sauf-conduit pour entrer dans tous les couvents possibles, même dans ceux des religieuses? Ce serait une

idée et peut-être le trouverais-je là comme Achille ... Oui, mais c'est avouer dès le début mon

impuissance, et au premier coup je suis perdu dans l'esprit du cardinal. Les grands ne sont reconnaissants

que lorsque l'on fait pour eux l'impossible.»Si c'eût été possible, nous disent-ils, je l'eusse fait moi-même.

Et les grands ont raison. Mais attendons un peu et voyons. J'ai reçu une lettre de lui aussi, le cher ami, à

telle enseigne qu'il me demandait même un petit service que je lui ai rendu. Ah! oui; mais où ai-je mis

cette lettre à présent?

D'Artagnan réfléchit un instant et s'avança vers le porte-manteau où étaient pendus ses vieux habits; il y
chercha son pourpoint de l'année 1648, et, comme c'était un garçon d'ordre que d'Artagnan, il le trouva

accroché à son clou. Il fouilla dans la poche et en tira un papier: c'était justement la lettre d'Aramis.

«Monsieur d'Artagnan, lui disait-il, vous sauvez que j'ai eu querelle avec un certain gentilhomme qui m'a
donné rendez-vous pour ce soir, place Royale; comme je suis d'Église et que l'affaire pourrait me nuire si

j'en faisais part à un autre qu'à un ami aussi sûr que vous, je vous écris pour que vous me serviez de

second.

«Vous entrerez par la rue Neuve-Sainte-Catherine; sous le second réverbère à droite vous trouverez votre
adversaire. Je serai avec le mien sous le troisième.

«Tout à vous,

«ARAMIS.»

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