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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

- J'ai tiré les marrons du feu, murmura Rochefort en se retirant; et si d'Artagnan n'est pas content de moi
quand je lui raconterai tout à l'heure l'éloge que j'ai fait de lui, il sera difficile. Mais où diable me

mène-t-on?

En effet, on conduisait Rochefort par le petit escalier, au lieu de le faire passer par l'antichambre, où
attendait d'Artagnan. Dans la cour, il trouva son carrosse et ses quatre hommes d'escorte; mais il chercha

vainement son ami.

- Ah! ah! se dit en lui-même Rochefort, voilà qui change terriblement la chose! et s'il y a toujours un
aussi grand nombre de populaire dans les rues, eh bien! nous tâcherons de prouver au Mazarin que nous

sommes encore bon à autre chose, Dieu merci! qu'à garder un prisonnier.

Et il sauta dans le carrosse aussi légèrement que s'il n'eût eu que vingt-cinq ans.

IV. Anne d'Autriche à quarante-six ans

Resté seul avec Bernouin, Mazarin demeura un instant pensif; il en savait beaucoup, et cependant il n'en
savait pas encore assez. Mazarin était tricheur au jeu; c'est un détail que nous a conservé Brienne: il

appelait cela prendre ses avantages. Il résolut de n'entamer la partie avec d'Artagnan que lorsqu'il

connaîtrait bien toutes les cartes de son adversaire.

- Monseigneur n'ordonne rien? demanda Bernouin.

- Si fait, répondit Mazarin; éclaire-moi, je vais chez la reine.

Bernouin prit un bougeoir et marcha le premier.

Il y avait un passage secret qui aboutissait des appartements et du cabinet de Mazarin aux appartements
de la reine; c'était par ce corridor que passait le cardinal pour se rendre à toute heure auprès d'Anne

d'Autriche.

En arrivant dans la chambre à coucher où donnait ce passage, Bernouin rencontra madame Beauvais.
Madame Beauvais et Bernouin étaient les confidents intimes de ces amours surannées; et madame

Beauvais se chargea d'annoncer le cardinal à Anne d'Autriche, qui était dans son oratoire avec le jeune

Louis XIV.

Anne d'Autriche, assise dans un grand fauteuil, le coude appuyé sur une table et la tête appuyée sur sa
main, regardait l'enfant royal, qui, couché sur le tapis, feuilletait un grand livre de bataille. Anne

d'Autriche était une reine qui savait le mieux s'ennuyer avec majesté; elle restait quelquefois des heures

ainsi retirée dans sa chambre ou dans son oratoire, sans lire ni prier.

Quant au livre avec lequel jouait le roi, c'était un Quinte-Curce enrichi de gravures représentant
les hauts faits d'Alexandre.

Madame Beauvais apparut à la porte de l'oratoire et annonça le cardinal de Mazarin.

L'enfant se releva sur un genou, le sourcil froncé, et regardant sa mère:

- Pourquoi donc, dit-il, entre-t-il ainsi sans faire demander audience?

Anne rougit légèrement.

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