bibliotheq.net - littérature française
 

Alexandre Dumas père - Vingt ans après

- Je ne puis vous dire qu'une chose, monsieur, car le secret que vous me demandez n'est pas à moi. Vous
avez rencontré un moine, n'est-ce pas?

- Oui.

Les deux jeunes gens se regardèrent avec effroi.

- Vous l'avez conduit près du blessé?

- Oui.

- Vous avez eu le temps de le voir, alors?

- Oui.

- Et peut-être le reconnaîtriez-vous si jamais vous le rencontriez?

- Oh! oui, je le jure, dit Raoul.

- Et moi aussi, dit de Guiche.

- Eh bien! si vous le rencontrez jamais, dit Grimaud, quelque part que ce soit, sur la grande route, dans la
rue, dans une église, partout où il sera et où vous serez, mettez le pied dessus et écrasez-le sans pitié, sans

miséricorde, comme vous feriez d'une vipère, d'un serpent, d'un aspic; écrasez-le et ne le quittez que

quand il sera mort; la vie de cinq hommes sera pour moi en doute tant qu'il vivra.

Et sans ajouter une seule parole, Grimaud profita de l'étonnement et de la terreur où il avait jeté ceux qui
l'écoutaient pour s'élancer hors de l'appartement.

- Eh bien! comte, dit Raoul en se retournant vers de Guiche, ne l'avais-je pas bien dit que ce moine me
faisait l'effet d'un reptile!

Deux minutes après on entendait sur la route le galop d'un cheval. Raoul courut à la fenêtre.

C'était Grimaud qui reprenait la route de Paris. Il salua le vicomte en agitant son chapeau et disparut
bientôt à l'angle du chemin.

En route Grimaud réfléchit à deux choses: la première, c'est qu'au train dont il allait son cheval ne le
mènerait pas dix lieues.

La seconde, c'est qu'il n'avait pas d'argent.

Mais Grimaud avait l'imagination d'autant plus féconde qu'il parlait moins.

Au premier relais qu'il rencontra il vendit son cheval, et avec l'argent de son cheval il prit la poste.

XXXVII. La veille de la bataille

Raoul fut tiré de ces sombres réflexions par l'hôte, qui entra précipitamment dans la chambre où venait de
se passer la scène que nous avons racontée, en criant:

- Les Espagnols! les Espagnols!

Ce cri était assez grave pour que toute préoccupation fît place à celle qu'il devait causer. Les jeunes gens

< page précédente | 252 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.