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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

- Elle a été portée par mon père, un loyal gentilhomme. Je l'ai portée à mon tour, et lui ai fait honneur
quelquefois quand la poignée était dans ma main et que son fourreau pendait à mon côté. Si votre main

est faible encore pour manier cette épée, Raoul, tant mieux, vous aurez plus de temps à apprendre à ne la

tirer que lorsqu'elle devra voir le jour.

- Monsieur, dit Raoul en recevant l'épée de la main du comte, je vous dois tout; cependant, cette épée est
le plus précieux présent que vous m'ayez fait. Je la porterai, je vous jure, en homme reconnaissant.

Et il approcha ses lèvres de la poignée, qu'il baisa avec respect.

- C'est bien, dit Athos. Relevez-vous, vicomte, et embrassons- nous.

Raoul se releva et se jeta avec effusion dans les bras d'Athos.

- Adieu, murmura le comte, qui sentait son coeur se fondre, adieu, et pensez à moi.

- Oh! éternellement! éternellement! s'écria le jeune homme. Oh! je le jure, monsieur, et s'il m'arrive
malheur, votre nom sera le dernier nom que je prononcerai, votre souvenir ma dernière pensée.

Athos remonta précipitamment pour cacher son émotion, donna une pièce d'or au gardien des tombeaux,
s'inclina devant l'autel et gagna à grands pas le porche de l'église, au bas duquel Olivain attendait avec les

deux autres chevaux.

- Olivain, dit-il en montrant le baudrier de Raoul, resserrez la boucle de cette épée qui tombe un peu bas.
Bien. Maintenant, vous accompagnerez M. le vicomte jusqu'à ce que Grimaud vous ait rejoints; lui venu,

vous quitterez le vicomte. Vous entendez, Raoul? Grimaud est un vieux serviteur plein de courage et de

prudence, Grimaud vous suivra.

- Oui, monsieur, dit Raoul.

- Allons, à cheval, que je vous voie partir.

Raoul obéit.

- Adieu! Raoul, dit le comte, adieu, mon cher enfant.

- Adieu, monsieur, dit Raoul, adieu, mon bien-aimé protecteur!

Athos fit signe de la main, car il n'osait parler, et Raoul s'éloigna, la tête découverte.

Athos resta immobile et le regardant aller jusqu'au moment où il disparut au tournant d'une rue.

Alors le comte jeta la bride de son cheval aux mains d'un paysan, remonta lentement les degrés, rentra
dans l'église, alla s'agenouiller dans le coin le plus obscur et pria.

XXV. Un des quarante moyens d'évasion de Monsieur de Beaufort

Cependant le temps s'écoulait pour le prisonnier comme pour ceux qui s'occupaient de sa fuite:
seulement, il s'écoulait plus lentement. Tout au contraire des autres hommes qui prennent avec ardeur

une résolution périlleuse et qui se refroidissent à mesure que le moment de l'exécuter se rapproche, le duc

de Beaufort, dont le courage bouillant était passé en proverbe, et qu'avait enchaîné une inaction de cinq

années, le duc de Beaufort semblait pousser le temps devant lui et appelait de tous ses voeux l'heure de

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