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Alexandre Dumas père - Vingt ans après

- Envoyez vite à Blois, Raoul! ou plutôt prenez votre cheval et courez-y vous-même.

Raoul s'inclina.

- Mais où est Louise? continua le comte.

- Je l'ai apportée jusqu'ici, monsieur, et l'ai déposée chez la femme de Charlot, qui, en attendant, lui a fait
mettre le pied dans de l'eau glacée.

Après cette explication, qui avait fourni un prétexte pour se lever, les hôtes d'Athos prirent congé de lui;
le vieux duc de Barbé seul, qui agissait familièrement en vertu d'une amitié de vingt ans avec la maison

de La Vallière, alla voir la petite Louise, qui pleurait et qui, en apercevant Raoul, essuya ses beaux yeux

et sourit aussitôt.

Alors il proposa d'emmener la petite Louise à Blois dans son carrosse.

- Vous avez raison, monsieur, dit Athos, elle sera plus tôt près de sa mère; quant à vous, Raoul, je suis
sûr que vous avez agi étourdiment et qu'il y a de votre faute.

- Oh! non, non, monsieur, je vous le jure! s'écria la jeune fille; tandis que le jeune homme pâlissait à
l'idée qu'il était peut-être la cause de cet accident...

- Oh! monsieur, je vous assure... murmura Raoul.

- Vous n'en irez pas moins à Blois, continua le comte avec bonté, et vous ferez vos excuses et les
miennes à madame de Saint-Remy, puis vous reviendrez.

Les couleurs reparurent sur les joues du jeune homme; il reprit, après avoir consulté des yeux le comte,
dans ses bras déjà vigoureux la petite fille, dont la jolie tête endolorie et souriante à la fois posait sur son

épaule, et il l'installa doucement dans le carrosse; puis, sautant sur son cheval avec l'élégance et l'agilité

d'un écuyer consommé, après avoir salué Athos et d'Artagnan, il s'éloigna rapidement, accompagnant la

portière du carrosse, vers l'intérieur duquel ses yeux restèrent constamment fixés.

XVI. Le château de Bragelonne

D'Artagnan était resté pendant toute cette scène le regard effaré, la bouche presque béante, il avait si peu
trouvé les choses selon ses prévisions, qu'il en était resté stupide d'étonnement.

Athos lui prit le bras et l'emmena dans le jardin.

- Pendant qu'on nous prépare à souper, dit-il en souriant, vous ne serez point fâché, n'est-ce pas, mon
ami, d'éclaircir un peu tout ce mystère qui vous fait rêver?

- Il est vrai, monsieur le comte, dit d'Artagnan, qui avait senti peu à peu Athos reprendre sur lui cette
immense supériorité d'aristocrate qu'il avait toujours eue.

Athos le regarda avec son doux sourire.

- Et d'abord, dit-il, mon cher d'Artagnan, il n'y a point ici de monsieur le comte. Si je vous ai appelé
chevalier, c'était pour vous présenter à mes hôtes, afin qu'ils sussent qui vous étiez; mais, pour vous,

d'Artagnan, je suis, je l'espère, toujours Athos, votre compagnon, votre ami. Préférez-vous le cérémonial

parce que vous m'aimez moins?

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