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Alexandre Dumas père - Les Trois Mousquetaires

- Adopté!» reprirent en choeur les trois mousquetaires.

Et chacun, allongeant la main vers le sac, prit soixante-quinze pistoles et fit ses préparatifs pour partir à
l'heure convenue.

CHAPITRE XX. VOYAGE

À deux heures du matin, nos quatre aventuriers sortirent de Paris par la barrière Saint-Denis; tant qu'il fit
nuit, ils restèrent muets; malgré eux, ils subissaient l'influence de l'obscurité et voyaient des embûches

partout.

Aux premiers rayons du jour, leurs langues se délièrent; avec le soleil, la gaieté revint: c'était comme à la
veille d'un combat, le coeur battait, les yeux riaient; on sentait que la vie qu'on allait peut-être quitter

était, au bout du compte, une bonne chose.

L'aspect de la caravane, au reste, était des plus formidables: les chevaux noirs des mousquetaires, leur
tournure martiale, cette habitude de l'escadron qui fait marcher régulièrement ces nobles compagnons du

soldat, eussent trahi le plus strict incognito.

Les valets suivaient, armés jusqu'aux dents.

Tout alla bien jusqu'à Chantilly, où l'on arriva vers les huit heures du matin. Il fallait déjeuner. On
descendit devant une auberge que recommandait une enseigne représentant saint Martin donnant la

moitié de son manteau à un pauvre. On enjoignit aux laquais de ne pas desseller les chevaux et de se tenir

prêts à repartir immédiatement.

On entra dans la salle commune, et l'on se mit à table. Un gentilhomme, qui venait d'arriver par la route
de Dammartin, était assis à cette même table et déjeunait. Il entama la conversation sur la pluie et le beau

temps; les voyageurs répondirent: il but à leur santé; les voyageurs lui rendirent sa politesse.

Mais au moment où Mousqueton venait annoncer que les chevaux étaient prêts et où l'on se levait de
table l'étranger proposa à Porthos la santé du cardinal. Porthos répondit qu'il ne demandait pas mieux, si

l'étranger à son tour voulait boire à la santé du roi. L'étranger s'écria qu'il ne connaissait d'autre roi que

Son Éminence. Porthos l'appela ivrogne; l'étranger tira son épée.

«Vous avez fait une sottise, dit Athos; n'importe, il n'y a plus à reculer maintenant: tuez cet homme et
venez nous rejoindre le plus vite que vous pourrez.»

Et tous trois remontèrent à cheval et repartirent à toute bride, tandis que Porthos promettait à son
adversaire de le perforer de tous les coups connus dans l'escrime.

«Et d'un! dit Athos au bout de cinq cents pas.

- Mais pourquoi cet homme s'est-il attaqué à Porthos plutôt qu'à tout autre? demanda Aramis.

- Parce que, Porthos parlant plus haut que nous tous il l'a pris pour le chef, dit d'Artagnan.

- J'ai toujours dit que ce cadet de Gascogne était un puits de sagesse», murmura Athos.

Et les voyageurs continuèrent leur route.

À Beauvais, on s'arrêta deux heures, tant pour faire souffler les chevaux que pour attendre Porthos. Au

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