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Alexandre Dumas père - Les Quarante-Cinq
- On a tenté d'enlever le condamné.
- Je n'ai pas vu cela.
- C'est le bruit qui court par la ville cependant.
- Bruit, sans cause et sans résultat: on n'a pas remué.
- Je crois que Votre Majesté est dans l'erreur.
- Et sur quoi bases-tu ta croyance?
- Sur ce que Salcède a démenti devant le peuple ce qu'il avait dit devant les juges.
- Ah! vous savez déjà cela, vous?
- Je tâche de savoir tout ce qui intéresse Votre Majesté.
- Merci, mais où voulez-vous en venir avec ce préambule?
- A ceci: un homme qui meurt comme Salcède est mort en bien bon serviteur, sire.
- Eh bien! après?
- Le maître qui a de tels serviteurs est bien heureux: voilà tout.
- Et tu veux dire que je n'ai pas de tels serviteurs, moi, ou plutôt que je n'en ai plus? Tu as raison, si c'est cela que tu veux dire.
- Ce n'est pas cela que je veux dire. Votre Majesté trouverait dans l'occasion, et je puis en répondre mieux que personne, des serviteurs aussi fidèles qu'en a trouvé le maître de Salcède.
- Le maître de Salcède, le maître de Salcède! nommez donc une fois les choses par leur nom, vous tous qui m'entourez. Comment s'appelle-t-il ce maître?
- Votre Majesté doit le savoir mieux que moi, elle qui s'occupe de politique.
- Je sais ce que je sais. Dites-moi ce que vous savez, vous.
- Moi, je ne sais rien; seulement je me doute de beaucoup de choses.
- Bon! dit Henri ennuyé, vous venez ici pour m'effrayer et me dire des choses désagréables, n'est-ce pas? Merci, duc, je vous reconnais bien là.
- Allons, voilà que Votre Majesté me maltraite, dit d'Épernon.
- C'est assez juste, je crois.
- Non pas, sire. L'avertissement d'un homme dévoué peut tomber à faux; mais cet homme n'en fait pas moins son devoir en donnant cet avertissement.
- Ce sont mes affaires.
- Ah! du moment que Votre Majesté le prend ainsi, vous avez raison, sire; n'en parlons donc plus.
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