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Alexandre Dumas père - Les Quarante-Cinq

Robert Briquet secouait la tête, tandis que M. de Mayneville parlait, non pas qu'il pût entendre un seul
mot de la harangue; mais il interprétait ses gestes et ceux de l'assemblée.

- Il ne semble guère persuader son auditoire. Crucé lui fait la grimace, Lachapelle-Marteau lui tourne le
dos, et Bussy-Leclerc hausse les épaules. Allons, allons, monsieur de Mayneville, parlez, suez, soufflez,

soyez éloquent, ventre de biche! Oh! à la bonne heure, voici les gens de l'auditoire qui se raniment. Oh!

oh! on se rapproche, on lui serre la main, on jette en l'air les chapeaux; diable!

Briquet, comme nous l'avons dit, voyait et ne pouvait entendre; mais nous qui assistons en esprit aux
délibérations de l'orageuse assemblée, nous allons dire au lecteur ce qui venait de s'y passer.

D'abord Crucé, Marteau et Bussy s'étaient plaints à M. de Mayneville de l'inaction du duc de Guise.

Marteau, en sa qualité de procureur, avait pris la parole.

- Monsieur de Mayneville, avait-il dit, vous venez de la part du duc Henri de Guise? - Merci. - Et nous
vous acceptons comme embassadeur; mais la présence du duc lui-même nous est indispensable. Après la

mort de son glorieux père, à l'âge de dix-huit ans, il a fait adopter à tous les bons Français le projet de

l'Union et nous a enrôlés tous sous cette bannière. Selon notre serment, nous avons exposé nos personnes

et sacrifié notre fortune pour le triomphe de cette sainte cause; et voilà que, malgré nos sacrifices, rien ne

progresse, rien ne se décide. Prenez garde, monsieur de Mayneville, les Parisiens se lasseront; or, Paris

une fois las, que fera-t-on en France? M. le duc devrait y songer.

Cet exorde obtint l'assentiment de tous les ligueurs, et Nicolas Poulain surtout se distingua par son zèle à
l'applaudir.

M. de Mayneville répondit avec simplicité.

- Messieurs, si rien ne se décide, c'est que rien n'est mûr encore. Examinez la situation, je vous prie. M. le
duc et son frère, M. le cardinal, sont à Nancy en observation: l'un met sur pied une armée destinée à

contenir les huguenots de Flandre, que M. le duc d'Anjou veut jeter sur nous pour nous occuper; l'autre

expédie courrier sur courrier à tout le clergé de France, et au pape, pour faire adopter l'Union. M. le duc

de Guise sait ce que vous ne savez pas, messieurs, c'est que cette vieille alliance, mal rompue entre le duc

d'Anjou et le Béarnais, est prête à se renouer. Il s'agit d'occuper l'Espagne du côté de la Navarre, et de

l'empêcher de nous envoyer des armes et de l'argent. Or, M. le duc veut être, avant de rien faire et surtout

avant de venir à Paris, en état de combattre l'hérésie et l'usurpation. Mais, à défaut de M. de Guise, nous

avons M. de Mayenne qui se multiplie comme général et comme conseiller, et que j'attends d'un moment

à l'autre.

- C'est-à-dire, interrompit Bussy, et ce fut à ce moment qu'il haussa les épaules, c'est-à-dire que vos
princes sont partout où nous ne sommes pas, et jamais où nous avons besoin qu'ils soient. Que fait

madame de Montpensier, par exemple?

- Monsieur, madame de Montpensier est entrée ce matin à Paris.

- Et personne ne l'a vue?

- Si fait, monsieur.

- Et quelle est cette personne?

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