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Alexandre Dumas père - Les Quarante-Cinq

- Non, non, répliqua le marchand qui sourit et respira en homme quatre fois heureux.

- N'importe, vous avez une bonne figure; il s'agit donc de m'acheter l'armure complète, cuirasse,
brassards et épée.

- Faites attention que c'est commerce défendu, monsieur.

- Je le sais, votre vendeur vous l'a crié assez haut tout à l'heure.

- Vous avez entendu?

- Parfaitement; vous avez même été large en affaire: c'est ce qui m'a donné l'idée de me mettre en
relations avec vous; mais, soyez tranquille, je n'abuserai pas, moi; je sais ce que c'est que le commerce:

j'ai été négociant aussi.

- Ah! et que vendiez-vous?

- Ce que je vendais?

- Oui.

- De la faveur.

- Bon commerce, monsieur.

- Aussi j'y ai fait fortune, et vous me voyez bourgeois.

- Je vous en fais mon compliment.

- Il en résulte que j'aime mes aises, et que je vends toute ma ferraille parce qu'elle me gêne.

- Je comprends cela.

- Il y a encore là les cuissards; ah! et puis les gants.

- Mais je n'ai pas besoin de tout cela.

- Ni moi non plus.

- Je prendrai seulement la cuirasse.

- Vous n'achetez donc que des cuirasses?

- Oui.

- C'est drôle, car enfin vous achetez pour revendre au poids; vous l'avez dit du moins, et du fer est du fer.

- C'est vrai, mais, voyez-vous, de préférence...

- Comme il vous plaira: achetez la cuirasse, ou plutôt, vous avez raison, allez, n'achetez rien du tout.

- Que voulez-vous dire?

- Je veux dire que, dans des temps comme ceux où nous vivons, chacun a besoin de ses armes.

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