bibliotheq.net - littérature française
 

Alexandre Dumas père - Les Quarante-Cinq

autre jeune homme là-bas dont l'oeil est sournois et sombre.

- Vous l'appelez?

- M. de Sainte-Maline.

- Et la cause de cette distinction, monsieur, si cette demande n'est pas toutefois une trop grande curiosité
de ma part?

- C'est que je vous connais, voilà tout.

- Moi, fit Ernauton surpris; moi, vous me connaissez?

- Vous et lui, lui et tous ceux qui sont ici.

- C'est étrange.

- Oui, mais c'est nécessaire.

- Pourquoi est-ce nécessaire?

- Parce qu'un chef doit connaître ses soldats.

- Et que tous ces hommes....

- Seront mes soldats demain.

- Mais je croyais que M. d'Épernon....

- Chut! Ne prononcez pas ce nom-là ici, ou plutôt ici ne prononcez aucun nom; ouvrez les oreilles et
fermez la bouche, et puisque j'ai promis de vous faire toutes grâces, prenez d'abord ce conseil comme un

acompte.

- Merci, monsieur, dit Ernauton.

Loignac essuya sa moustache, et se levant:

- Messieurs, dit-il, puisque le hasard réunit ici quarante-cinq compatriotes, vidons un verre de ce vin
d'Espagne à la prospérité de tous les assistants.

Cette proposition souleva des applaudissements frénétiques.

- Ils sont ivres pour la plupart, dit Loignac à Ernauton: ce serait un bon moment pour faire raconter à
chacun son histoire, mais le temps nous manque.

Puis haussant la voix:

- Holà! maître Fournichon, dit-il, faites sortir d'ici tout ce qui est femmes, enfants et laquais.

Lardille se leva en maugréant; elle n'avait point achevé son dessert.

Militor ne bougea point.

- M'a-t-on entendu là-bas? dit Loignac avec un coup d'oeil qui ne souffrait pas de réplique... Allons,
allons, à la cuisine, monsieur Militor!

< page précédente | 65 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.