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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

- Et bien d'autres choses encore, allez, murmura d'Artagnan.

- Mais, s'écria le tailleur avec triomphe, ce que vous ne savez pas, Monseigneur, tout prince de l'Église
que vous êtes, ce que personne ne saura, ce que le roi seul, mademoiselle de La Vallière et moi savons,

c'est la couleur des étoffes et le genre des ornements, c'est la coupe, c'est l'ensemble, c'est la tournure de

tout cela!

- Eh bien, dit Aramis, voilà justement ce que je viens vous demander de me faire connaître, mon cher
monsieur Percerin.

- Ah bas! s'écria le tailleur épouvanté, quoique Aramis eût prononcé les paroles que nous rapportons de
sa voix la plus douce et la plus mielleuse.

La prétention parut, en y réfléchissant, si exagérée, si ridicule, si énorme à M. Percerin, qu'il rit d'abord
tout bas, puis tout haut, et qu'il finit par éclater. D'Artagnan l'imita, non qu'il trouvât la chose aussi

profondément risible, mais pour ne pas laisser refroidir Aramis. Celui-ci les laissa faire tous deux; puis,

lorsqu'ils furent calmés:

- Au premier abord, dit-il, j'ai l'air de hasarder une absurdité, n'est-ce pas? Mais d'Artagnan, qui est la
sagesse incarnée, va vous dire que je ne saurais faire autrement que de vous demander cela.

- Voyons, fit le mousquetaire attentif, et sentant avec son flair merveilleux qu'on n'avait fait
qu'escarmoucher jusque-là et que le moment de la bataille approchait.

- Voyons, dit Percerin avec incrédulité.

- Pourquoi, continua Aramis, M. Fouquet donne-t-il une fête au roi? N'est-ce pas pour lui plaire?

- Assurément, fit Percerin.

D'Artagnan approuva d'un signe de tête.

- Par quelque galanterie? Par quelque bonne imagination? Par une suite de surprises pareilles à celle dont
nous parlions tout à l'heure à propos de l'enrégimentation de nos épicuriens?

- À merveille!

- Eh bien, voici la surprise, mon bon ami. M. Le Brun, que voici, est un homme qui dessine très
exactement.

- Oui, dit Percerin, j'ai vu des tableaux de monsieur, et j'ai remarqué que les habits étaient fort soignés.
Voilà pourquoi j'ai accepté tout de suite de lui faire un vêtement, soit conforme à ceux de MM. les

épicuriens, soit particulier.

- Cher monsieur, nous acceptons votre parole; plus tard, nous y aurons recours, mais pour le moment, M.
Le Brun a besoin, non des habits que vous ferez pour lui, mais de ceux que vous faites pour le roi.

Percerin exécuta un bond en arrière que d'Artagnan, l'homme calme et l'appréciateur par excellence, ne
trouva pas trop exagéré, tant la proposition que venait de risquer Aramis renfermait de faces étranges et

horripilantes.

- Les habits du roi! Donner à qui que ce soit au monde les habits du roi?... Oh! pour le coup, monsieur

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