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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

qui en étaient résultés pour ce digne gentilhomme

Depuis le départ d'Athos pour Blois, Porthos et d'Artagnan s'étaient rarement trouvés ensemble. L'un
avait fait un service fatigant près du roi, l'autre avait fait beaucoup d'emplettes de meubles, qu'il comptait

emporter dans ses terres, et à l'aide desquels il espérait fonder, dans ses diverses résidences, un peu de ce

luxe de cour dont il avait entrevu l'éblouissante clarté dans la compagnie de Sa Majesté.

D'Artagnan, toujours fidèle, un matin que son service lui laissait quelque liberté, songea à Porthos, et,
inquiet de n'avoir pas entendu parler de lui depuis plus de quinze jours, s'achemina vers son hôtel, où il le

saisit au sortir du lit.

Le digne baron paraissait pensif: plus que pensif, mélancolique. Il était assis sur son lit, demi-nu, les
jambes pendantes, contemplant une foule d'habits qui jonchaient le parquet de leurs franges, de leurs

galons, de leurs broderies et de leurs cliquetis d'inharmonieuses couleurs.

Porthos, triste et songeur comme le lièvre de La Fontaine, ne vit pas entrer d'Artagnan, que lui cachait
d'ailleurs en ce moment M. Mouston, dont la corpulence personnelle, fort suffisante en tout cas pour

cacher un homme à un autre homme, était momentanément doublée par le déploiement d'un habit

écarlate que l'intendant exhibait à son maître en le tenant par les manches, afin qu'il fût plus manifeste de

tous les côtés.

D'Artagnan s'arrêta sur le seuil et examina Porthos songeant. Puis, comme la vue de ces innombrables
habits jonchant le parquet tirait de profonds soupirs de la poitrine du digne gentilhomme, d'Artagnan

pensa qu'il était temps de l'arracher à cette douloureuse contemplation, et toussa pour s'annoncer.

- Ah! fit Porthos, dont le visage s'illumina de joie ah! ah! voici d'Artagnan! Je vais enfin avoir une idée!

Mouston, à ces mots, se doutant de ce qui se passait derrière lui, s'effaça en souriant tendrement à l'ami
de son maître, qui se trouva ainsi débarrassé de l'obstacle matériel qui l'empêchait de parvenir jusqu'à

d'Artagnan.

Porthos fit craquer ses genoux robustes en se redressant, et, en deux enjambées, traversant la chambre, se
trouva en face de d'Artagnan, qu'il pressa sur son coeur avec une affection qui semblait prendre une

nouvelle force dans chaque jour qui s'écoulait.

- Ah! répéta-t-il, vous êtes toujours le bienvenu, cher ami, mais aujourd'hui, vous êtes mieux venu que
jamais.

- Voyons, voyons, on est triste chez vous? fit d'Artagnan.

Porthos répondit par un regard qui exprimait l'abattement.

- Eh bien! contez-moi cela, Porthos, mon ami, à moins que ce ne soit un secret.

- D'abord, mon ami, dit Porthos, vous savez que je n'ai pas de secrets pour vous. Voici donc ce qui
m'attriste.

- Attendez, Porthos, laissez-moi d'abord me dépêtrer de toute cette litière de drap, de satin et de velours.

- Oh! marchez, marchez, dit piteusement Porthos: tout cela n'est que rebut.

- Peste! du rebut, Porthos, du drap à vingt livres l'aune! du satin magnifique, du velours royal!

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