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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

naissance: consultez-les, prouvez-vous à vous-même que vous êtes un fils de roi, et, après, agissons.

- Non, non, c'est impossible.

- À moins, reprit ironiquement l'évêque, qu'il ne soit dans la destinée de votre race que les frères exclus
du trône soient tous des princes sans valeur et sans honneur, comme M. Gaston d'Orléans, votre oncle,

qui, dix fois, conspira contre le roi Louis XIII, son frère.

- Mon oncle Gaston d'Orléans conspira contre son frère? s'écria le prince épouvanté; il conspira pour le
détrôner?

- Mais oui, monseigneur, pas pour autre chose.

- Que me dites-vous là, monsieur?

- La vérité.

- Et il eut des amis... dévoués?

- Comme moi pour vous.

- Eh bien! que fit-il? il échoua?

- Il échoua, mais toujours par sa faute, et, pour racheter, non pas sa vie, car la vie du frère du roi est
sacrée, inviolable, mais pour racheter sa liberté, votre oncle sacrifia la vie de tous ses amis les uns après

les autres. Aussi est-il aujourd'hui la honte de l'histoire et l'exécration de cent nobles familles de ce

royaume.

- Je comprends, monsieur, fit le prince, et c'est par faiblesse ou par trahison que mon oncle tua ses amis?

- Par faiblesse: ce qui est toujours une trahison chez les princes.

- Ne peut-on pas échouer aussi par ignorance, par incapacité? Croyez-vous bien qu'il soit possible à un
pauvre captif tel que moi, élevé non seulement loin de la Cour, mais encore loin du monde, croyez-vous

qu'il lui soit possible d'aider ceux de ses amis qui tenteraient de le servir?

Et comme Aramis allait répondre, le jeune homme s'écria tout à coup avec une violence qui décelait la
force du sang:

- Nous parlons ici d'amis, mais par quel hasard aurais-je des amis, moi que personne ne connaît, et qui
n'ai pour m'en faire ni liberté, ni argent, ni puissance?

- Il me semble que j'ai eu l'honneur de m'offrir à Votre Altesse Royale.

- Oh! ne m'appelez pas ainsi, monsieur; c'est une dérision ou une barbarie. Ne me faites pas songer à
autre chose qu'aux murs de la prison qui m'enferme, laissez-moi aimer encore, ou, du moins, subir mon

esclavage et mon obscurité.

- Monseigneur! monseigneur! si vous me répétez encore ces paroles découragées! Si, après avoir eu la
preuve de votre naissance, vous demeurez pauvre d'esprit, de souffle et de volonté, j'accepterai votre

voeu, je disparaîtrai, je renoncerai à servir ce maître, à qui, si ardemment, je venais dévouer ma vie et

mon aide.

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