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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
cela même, la dynastie qu'il eût dû consolider.
- Oh! je comprends, je comprends!... murmura le jeune homme.
- Eh bien! continua Aramis, voilà ce qu'on rapporte, voilà ce qu'on assure, voilà pourquoi un des deux fils d'Anne d'Autriche, indignement séparé de son frère, indignement séquestré, réduit à l'obscurité la plus profonde, voilà pourquoi ce second fils a disparu, et si bien disparu, que nul en France ne sait aujourd'hui qu'il existe, excepté sa mère.
- Oui, sa mère, qui l'a abandonné! s'écria le prisonnier avec l'expression du désespoir.
- Excepté, continua Aramis, cette dame à la robe noire et aux rubans de feu, et enfin excepté...
- Excepté vous, n'est-ce pas? Vous qui venez me conter tout cela, vous qui venez éveiller en mon âme la curiosité, la haine, l'ambition, et, qui sait? peut-être, la soif de la vengeance; excepté vous, monsieur, qui, si vous êtes l'homme que j'attends, l'homme que me promet le billet, l'homme enfin que Dieu doit m'envoyer, devez avoir sur vous...
- Quoi? demanda Aramis.
- Un portrait du roi Louis XIV, qui règne en ce moment sur le trône de France.
- Voici le portrait, répliqua l'évêque en donnant au prisonnier un émail des plus exquis, sur lequel Louis XIV apparaissait fier, beau, et vivant pour ainsi dire.
Le prisonnier saisit avidement le portrait, et fixa ses yeux sur lui comme s'il eût voulu le dévorer.
- Et maintenant, monseigneur, dit Aramis voici un miroir.
Aramis laissa le temps au prisonnier de renouer ses idées.
- Si haut! si haut! murmura le jeune homme en dévorant du regard le portrait de Louis XIV et son image à lui-même réfléchie dans le miroir.
- Qu'en pensez-vous? dit alors Aramis.
- Je pense que je suis perdu, répondit le captif, que le roi ne me pardonnera jamais.
- Et moi, je me demande, ajouta l'évêque en attachant sur le prisonnier un regard brillant de signification, je me demande lequel des deux est le roi, de celui que représente ce portrait, ou de celui que reflète cette glace.
- Le roi, monsieur, est celui qui est sur le trône, répliqua tristement le jeune homme, c'est celui qui n'est pas en prison, et qui, au contraire, y fait mettre les autres. La royauté, c'est la puissance, et vous voyez bien que je suis impuissant.
- Monseigneur, répondit Aramis avec un respect qu'il n'avait pas encore témoigné, le roi, prenez-y bien garde, sera, si vous le voulez, celui qui, sortant de prison, saura se tenir sur le trône où des amis le placeront.
- Monsieur, ne me tentez point, fit le prisonnier avec amertume.
- Monseigneur, ne faiblissez pas, persista Aramis avec vigueur. J'ai apporté toutes les preuves de votre
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