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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
« - Dame Perronnette accourait aux cris de mon gouverneur. Il alla au-devant d'elle, la prit par le bras et l'entraîna vivement vers la margelle; après quoi, se penchant avec elle dans le puits, il lui dit:
- Regardez, regardez, quel malheur!
- Voyons, voyons, calmez-vous, disait dame Perronnette; qu'y a-t-il?
- Cette lettre, criait mon gouverneur, voyez-vous cette lettre?
Et il étendait la main vers le fond du puits.
- Quelle lettre? demanda la nourrice.
- Cette lettre que vous voyez là-bas, c'est la dernière lettre de la reine.
À ce mot je tressaillis. Mon gouverneur, celui qui passait pour mon père, celui qui me recommandait sans cesse la modestie et l'humilité, en correspondance avec la reine!
- La dernière lettre de la reine? s'écria dame Perronnette sans paraître étonnée autrement que de voir cette lettre au fond du puits. Et comment est elle là?
- Un hasard, dame Perronnette, un hasard étrange! Je rentrais chez moi; en rentrant, j'ouvre la porte; la fenêtre de son côté était ouverte; un courant d'air s'établit; je vois un papier qui s'envole, je reconnais que ce papier, c'est la lettre de la reine; je cours à la fenêtre en poussant un cri; le papier flotte un instant en l'air et tombe dans le puits.
- Eh bien! dit dame Perronnette, si la lettre est tombée dans le puits, c'est comme si elle était brûlée, et, puisque la reine brûle elle-même toutes ses lettres, chaque fois qu'elle vient...»
Chaque fois qu'elle vient! Ainsi cette femme qui venait tous les mois, c'était la reine? interrompit le prisonnier.
- Oui, fit de la tête Aramis.
« - Sans doute, sans doute, continua le vieux gentilhomme, mais cette lettre contenait des instructions. Comment ferai-je pour les suivre?
- Écrivez vite à la reine, racontez-lui la chose comme elle s'est passée, et la reine vous écrira une seconde lettre en place de celle-ci.
- Oh! la reine ne voudra pas croire à cet accident, dit le bonhomme en branlant la tête; elle pensera que j'ai voulu garder cette lettre, au lieu de la lui rendre comme les autres, afin de m'en faire une arme. Elle est si défiante, et M. de Mazarin si... Ce démon d'Italien est capable de nous faire empoisonner au premier soupçon!»
Aramis sourit avec un imperceptible mouvement de tête.
« - Vous savez, dame Perronnette, tous les deux sont si ombrageux à l'endroit de Philippe!»
Philippe, c'est le nom qu'on me donnait, interrompit le prisonnier.
« - Eh bien! alors, il n'y a pas à hésiter, dit dame Perronnette, il faut faire descendre quelqu'un dans le
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