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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

- Eh bien! nous allons tout de suite nous reconnaître.

- Voyons, dit Baisemeaux, voyons.

- Buvez donc votre verre de muscat, cher monsieur de Baisemeaux, dit Aramis. Que diable! vous avez
l'air tout effaré.

- Mais non, pas le moins du monde, non.

- Buvez, alors.

Baisemeaux but, mais il avala de travers.

- Eh bien! reprit Aramis, si, disais-je, vous ne faites point partie d'une société secrète, mystérieuse,
comme vous voudrez, l'épithète n'y fait rien; si, dis-je, vous ne faites point partie d'une société pareille à

celle que je veux désigner, eh bien! vous ne comprendrez pas un mot à ce que je vais dire: voilà tout.

- Oh! soyez sûr d'avance que je ne comprendrai rien.

- À merveille, alors.

- Essayez, voyons.

- C'est ce que je vais faire. Si, au contraire, vous êtes un des membres de cette société, vous allez tout de
suite me répondre oui ou non.

- Faites la question, poursuivit Baisemeaux en tremblant.

- Car, vous en conviendrez, cher monsieur Baisemeaux, continua Aramis avec la même impassibilité, il
est évident que l'on ne peut faire partie d'une société, il est évident qu'on ne peut jouir des avantages que

la société produit aux affiliés, sans être astreint soi-même à quelques petites servitudes?

- En effet, balbutia Baisemeaux, cela se concevrait si...

- Eh bien! donc, reprit Aramis, il y a dans la société dont je vous parlais, et dont, à ce qu'il paraît, vous ne
faites point partie...

- Permettez, dit Baisemeaux, je ne voudrais cependant pas dire absolument...

- Il y a un engagement pris par tous les gouverneurs et capitaines de forteresse affiliés à l'ordre.

Baisemeaux pâlit.

- Cet engagement, continua Aramis d'une voix ferme, le voici.

Baisemeaux se leva, en proie à une indicible émotion.

- Voyons, cher monsieur d'Herblay, dit-il, voyons.

Aramis dit alors ou plutôt récita le paragraphe suivant, de la même voix que s'il eût lu dans un livre:

«Ledit capitaine ou gouverneur de forteresse laissera entrer quand besoin sera, et sur la demande du
prisonnier, un confesseur affilié à l'ordre.»

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