|
Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4
l'échange.
On s'était embrassé, on s'était serré les mains, on s'était donné mille témoignages d'éternelle amitié. Porthos avait promis de passer un mois chez Athos à son premier loisir. D'Artagnan promit de mettre à profit son premier congé; puis, ayant embrassé Raoul pour la dernière fois:
- Mon enfant, dit-il, je t'écrirai.
Il y avait tout dans ces mots de d'Artagnan, qui n'écrivait jamais. Raoul fut touché jusqu'aux larmes. Il s'arracha des mains du mousquetaire et partit.
D'Artagnan rejoignit Porthos dans le carrosse.
- Eh bien! dit-il, cher ami, en voilà une journée!
- Mais, oui, répliqua Porthos.
- Vous devez être éreinté?
- Pas trop. Cependant je me coucherai de bonne heure, afin d'être prêt demain.
- Et pourquoi cela?
- Pardieu! pour finir ce que j'ai commencé.
- Vous me faites frémir, mon ami; je vous vois tout effarouché. Que diable avez-vous commencé qui ne soit pas fini?
- Écoutez donc, Raoul ne s'est pas battu. Il faut que je me batte, moi!
- Avec qui?... avec le roi?
- Comment, avec le roi? dit Porthos stupéfait.
- Mais oui, grand enfant, avec le roi!
- Je vous assure que c'est avec M. de Saint-Aignan.
- Voilà ce que je voulais vous dire. En vous battant avec ce gentilhomme, c'est contre le roi que vous tirez l'épée.
- Ah! fit Porthos en écarquillant les yeux, vous en êtes sûr?
- Pardieu!
- Eh bien! comment arranger cela, alors?
- Nous allons tâcher de faire un bon souper, Porthos. La table du capitaine des mousquetaires est agréable. Vous y verrez le beau de Saint-Aignan, et vous boirez à sa santé.
- Moi? s'écria Porthos avec horreur.
- Comment! dit d'Artagnan, vous refusez de boire à la santé du roi?
- Mais, corboeuf! je ne vous parle pas du roi; je vous parle de M. de Saint-Aignan.
|