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Alexandre Dumas père - Le vicomte de Bragelonne, 4

de graves intérêts.

- Alors, mon cher ami, dit Athos, permettez-moi que je vous embrasse, et que je parte. Mon cher
monsieur Baisemeaux, grand merci de votre bonne volonté, et surtout de l'échantillon que vous m'avez

donné de l'ordinaire de la Bastille.

Et, après avoir embrassé Aramis et serré la main à M. de Baisemeaux; après avoir reçu les souhaits de
bon voyage de tous deux, Athos partit avec d'Artagnan.

Tandis que le dénouement de la scène du Palais-Royal s'accomplissait à la Bastille, disons ce qui se
passait chez Athos et chez Bragelonne.

Grimaud, comme nous l'avons vu, avait accompagné son maître à Paris; comme nous l'avons dit, il avait
assisté à la sortie d'Athos; il avait vu d'Artagnan mordre ses moustaches; il avait vu son maître monter en

carrosse; il avait interrogé l'une et l'autre physionomie, et il les connaissait toutes deux depuis assez

longtemps pour avoir compris, à travers le masque de leur impassibilité, qu'il se passait de graves

événements.

Une fois Athos parti, il se mit à réfléchir. Alors il se rappela l'étrange façon dont Athos lui avait dit adieu,
l'embarras imperceptible pour tout autre que pour lui de ce maître aux idées si nettes, à la volonté si

droite. Il savait qu'Athos n'avait rien emporté que ce qu'il avait sur lui, et, cependant, il croyait voir

qu'Athos ne partait pas pour une heure, pas même pour un jour. Il y avait une longue absence dans la

façon dont Athos, en quittant Grimaud, avait prononcé le mot adieu.

Tout cela lui revenait à l'esprit avec tous ses sentiments d'affection profonde pour Athos, avec cette
horreur du vide et de la solitude qui toujours occupe l'imagination des gens qui aiment; tout cela,

disons-nous, rendit l'honnête Grimaud fort triste et surtout fort inquiet.

Sans se rendre compte de ce qu'il faisait depuis le départ de son maître, il errait par tout l'appartement,
cherchant, pour ainsi dire, les traces de son maître, semblable, en cela, tout ce qui est bon se ressemble,

au chien, qui n'a pas d'inquiétude sur son maître absent, mais qui a de l'ennui. Seulement, comme à

l'instinct de l'animal Grimaud joignait la raison de l'homme, Grimaud avait à la fois de l'ennui et de

l'inquiétude.

N'ayant trouvé aucun indice qui pût le guider, n'ayant rien vu ou rien découvert qui eût fixé ses doutes,
Grimaud se mit à imaginer ce qui pouvait être arrivé. Or, l'imagination est la ressource ou plutôt le

supplice des bons coeurs. En effet, jamais il n'arrive qu'un bon coeur se représente son ami heureux ou

allègre. Jamais le pigeon qui voyage n'inspire autre chose que la terreur au pigeon resté au logis.

Grimaud passa donc de l'inquiétude à la terreur. Il récapitula tout ce qui s'était passé: la lettre de
d'Artagnan à Athos, lettre à la suite de laquelle Athos avait paru si chagrin; puis la visite de Raoul à

Athos, visite à la suite de laquelle Athos avait demandé ses ordres et son habit de cérémonie; puis cette

entrevue avec le roi, entrevue à la suite de laquelle Athos était rentré si sombre; puis cette explication

entre le père et le fils, explication à la suite de laquelle Athos avait si tristement embrassé Raoul, tandis

que Raoul s'en allait si tristement chez lui; enfin l'arrivée de d'Artagnan mordant sa moustache, arrivée à

la suite de laquelle M. le comte de La Fère était monté en carrosse avec d'Artagnan. Tout cela composait

un drame en cinq actes fort clair, surtout pour un analyste de la force de Grimaud.

Et d'abord Grimaud eut recours aux grands moyens; il alla chercher dans le justaucorps laissé par son

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